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2023, objectif collecte des biodéchets !

zero waste
Le 22 novembre 2019

À l’approche des élections municipales et intercommunales des 15 et 22 mars 2020, l’association Zero Waste France publie un nouvel ouvrage intitulé « Territoires Zero Waste – guide pratique pour révolutionner la gestion locale des déchets » (éditions Rue de l’Echiquier). Retours d’expériences et chiffres clés à l’appui, le livre compile les meilleures pratiques de collectivités françaises et étrangères. Il revient sur la méthode Zéro Déchet, ainsi que neuf chantiers à activer par les élus locaux. Parmi les enjeux majeurs du mandat 2020/2026, les co-auteurs (Flore Berlingen, Laura Châtel et Thibault Turchet) identifient notamment le tri des biodéchets.

Un geste qui a du sens

Les biodéchets constituent environ 30% des ordures ménagères résiduelles, lesquelles sont en général dirigées directement vers des décharges ou des usines d’incinération. Voilà un gâchis de déchets organiques, qui génèrent des gaz à effet de serre dans les décharges, et ne présentent pas d’intérêt lors d’un processus de combustion. Très précieux, ils peuvent, s’ils sont bien triés à la source, devenir du compost utilisable en agriculture biologique. Si le tri des « recyclables secs » n’est pas toujours un geste qui fait sens auprès du grand public du fait de la difficulté à savoir ce que deviennent concrètement des déchets plastiques ou métalliques, il en va tout autrement pour les biodéchets dont le cycle naturel de décomposition puis d’usage comme compost est facilement compris même des plus néophytes.

Une échéance réglementaire au 31 décembre 2023

Après que le Grenelle de l’environnement se soit attelé à faire progresser les « gros producteurs », la « gestion séparée » des biodéchets pour tous les Français a été programmée en France pour 2025 par la loi de transition énergétique pour la croissance verte du 17 août 2015. La directive cadre relative aux déchets telle que modifiée en 2018 a ramené cette date au 31 décembre 2023 au plus tard, de sorte que le mandat 2020/2026 sera celui de l’avènement du tri à la source des biodéchets. En parallèle, la loi française de 2015 a précisé que le tri mécano-biologique (TMB - parfois renommé UVO pour "unité de valorisation organique"), dont le but est de séparer les ordures résiduelles non triées, devait être considéré comme « non-pertinent » en l’absence de tri à la source. Quant à elle, la directive cadre exclura dès 2027 des statistiques du recyclage les biodéchets sortant de telles installations. Ces textes donnent donc un cap et une obligation claire, celle de mettre en place une solution de tri desbiodéchets à la source ; le tri mécano-biologique ne pouvant être considéré comme une manière de respecter cette obligation.

De nombreuses possibilités dans les collectivités rurales

De nombreuses collectivités à dominante mixte ou mixte rurale développent déjà le tri des biodéchets. Une politique publique de choix, dans ces zones où beaucoup d’usagers disposent de jardins, consiste à pousser au compostage partagé et au compostage domestique. Ainsi du Syded du Lot (180 000 habitants), un syndicat de traitement qui s’est fortement approprié cette thématique, en installant sur son territoire plus de 270 composteurs partagés, grâce à des agents dédiés. Répondant aux sollicitations d’établissements scolaires, d’EHPAD ou de particuliers, ces agents sillonnent le territoire et s’assurent du bon démarrage des sites qui traitent entre 500kg et 3 tonnes de biodéchets par an. Pour chaque composteur partagé installé, de nombreuses sollicitations de particuliers en découlent pour disposer, à leur tour, de composteurs domestiques (les enseignants d’un établissement scolaire, par exemple). Chaque site détourne donc efficacement des déchets de la décharge ou de l’incinération, mais devient aussi un outil de sensibilisation emblématique. Message reçu par l’ État  français : depuis un arrêté du 9 avril 2018, le compostage de proximité dispose d’un statut juridique clair et rassurant pour les sites traitant jusqu’à 52 tonnes par an.

Trier les biodéchets, c’est aussi possible dans les communes urbaines

À l’image de villes pionnières comme Parme et Milan en Italie ou San Francisco aux Etats-Unis, les villes françaises s’y mettent : la communauté de communes de Thann-Cernay et la ville de Lorient en sont de très bonnes représentantes. Une étude de l’Ademe menée auprès de l’ensemble des collectivités françaises ayant mis en place cette collecte indique qu’en moyenne, la nouvelle collecte permet de sortir 63 kg/habitants/an de déchets organiques des ordures résiduelles[1]. De grandes villes testent des pilotes (Grenoble) ou sont en cours de généralisation de cette collecte (la Mairie de Paris l’organise d’ores et déjà pour trois arrondissements).

Détourner les biodéchets de la décharge et de l’incinération, une source d’économies

Le tri des biodéchets dans des installations de compostage partagé permet de réduire de façon significative la quantité de déchets pris en charge, c’est-à-dire collectés et traités par la collectivité. Le recours au compostage industriel permet de traiter les biodéchets à un prix nettement inférieur à celui de l’incinération par exemple, notamment du fait de la valeur marchande du compost en agriculture (environ 30€/tonne selon les qualités produites). Une substitution astucieuse de collectes des ordures résiduelles par une collecte des biodéchets permet également de maintenir des coûts stables sur ce pan budgétaire. Une ville comme Trévise (Italie) a petit à petit investi dans des camions de collecte des biodéchets de plus petite taille, moins gourmands en carburant, moins complexes et moins chers d’entretien. Quant à elles, les ordures résiduelles étant débarrassées des déchets organiques générant les puanteurs, elles peuvent être collectées à fréquence plus faible. En outre, l’étude précitée de l’Ademe démontre que les collectivités étudiées présentent des quantités de déchets recyclables (emballages, papiers) triés supérieures de 20 % à la moyenne nationale, générant des soutiens supplémentaires versés par les filières de responsabilité élargie des producteurs. Couplé à la mise en place de la tarification incitative pour les particuliers et les commerces (redevance spéciale), le tri des biodéchets a tout pour mener une petite révolution locale.

Bonne nouvelle, il n’y a pas de recette unique

Depuis 2007, les collectivités pionnières de la collecte séparée des biodéchets se rassemblent au sein du réseau « Compost Plus ». Des journées techniques organisées régulièrement permettent aux collectivités, de plus en plus nombreuses à rejoindre le mouvement d’échanger, de partager leurs bonnes (et moins bonnes) pratiques. Ces journées démontrent surtout que chaque collectivité peut tirer les fruits d’expériences menées dans beaucoup d’endroits en France, et peut aussi fabriquer ses propres recettes. Des caractéristiques des bioseaux, en passant par les fréquences de collecte ou les meilleures astuces pour communiquer le plus efficacement, tout est à construire pour que chaque territoire personnalise SA recette menant au tri des biodéchets. Le 23 mars 2020, c’est parti ?

 

 

[1] Ademe, Étude technico-économique de la collecte séparée des biodéchets. Synthèse, janvier 2018, p. 4-5

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