L'État débloque 15 millions d'euros pour aider les collectivités territoriales à déployer le « pass numérique » en 2020

Conférence de presse à l'Hôtel de ville de Lyon, le 12 février 2020, au Forum des Interconnectés. Karine Dognin-Sauze, Présidente des Interconnectés, Cédric O, Secrétaire d'État au numérique, Jacques Oberti, Président du SICOVAL et Francky Trichet, adjoint au Maire de Nantes, chargé du numérique (de gauche à droite)
©J. Nessi
Le 13 février 2020

Cédric O, le secrétaire d’État au numérique, a fait le déplacement à Lyon au Forum des Interconnectés, le réseau des territoires innovants animé par l'Assemblée des Communautés de France (AdCF) et France urbaine. Il a réaffirmé son engagement dans la lutte contre la fracture numérique en recevant le manifeste « Agir face à l’urgence de l’illectronisme » préparé par les élus territoriaux des Interconnectés.

 

L’occasion de rappeler que 30 millions d’euros seront mobilisés en 2020- 15 millions d'euros par l’État, 15 millions d'euros par les collectivités - pour financer le déploiement du « Pass numérique ». L’appel à projets « Pass Numérique 2020 » destiné aux collectivités territoriales qui souhaitent le mettre en place est ouvert jusqu'au 15 mai 2020.

Conçu sur le modèle des titres-restaurant, le « Pass numérique » se présente sous la forme d'un chèque permettant de payer totalement ou partiellement des services de médiation numérique pour ceux et celles qui souhaitent être accompagnés pour se former au numérique. Lancée en 2019, cette aide financière ciblée, qui s'inscrit dans le cadre de la stratégie nationale d'inclusion numérique du gouvernement, est déjà utilisée par 47 collectivités.

Nous devons changer d'approche pour lutter contre la fracture numérique en se concentrant sur les usages et plus seulement les tuyaux et les réseaux. L'objectif est de toucher 1 million de personnes grâce à ce dispositif", a précisé Cédric O.

Avec la diffusion rapide des technologies et la dématérialisation des services publics à marche forcée, au moins 13 millions de Français sont aujourd'hui en difficulté partielle ou totale dans leurs démarches ou leur utilisation du numérique. Le gouvernement estime que 6 à 7 millions de Français sont concernés par ce dispositif, il entend s'appuyer sur les collectivités locales et les 5000 lieux de médiation numérique présents sur le territoire national pour accélérer la généralisation du « Pass numérique ».

Le pass numérique
Le pass numérique se présente sous la forme d'un chèque de 10€ utilisable pour régler une offre de formation au numérique.
©Aptic

Un manifeste avec des convictions et des propositions simples

Les élus territoriaux réunis au sein de la commission numérique de l'AdCF, France urbaine et des Interconnetés, ont remis officiellement à Cédric O le manifeste "Agir face à l'urgence de l'illectronisme" lors de la Conférence plénière d’ouverture. Un manifeste pour exprimer des convictions simples et des propositions simples, selon Jacques Oberti, président du SICOVAL,  communauté d'agglo du Sud-Est toulousain et maire d’Ayguesvive, très engagé dans la rédaction de ce manifeste au sein du réseau des Interconnectés.

Le manifeste rappelle notamment, parmi les convictions fortes, que l'inclusion numérique est l'affaire de tous et que les intercommunalités s'engagent à jouer un rôle sur le terrain. Et parmi les propositions, les auteurs invitent à mettre en place une conférence des financeurs de l'e-inclusion pour "instaurer un cadre stable de financement et de gouvernance".

En recevant ce manifeste, Cédric O s'est engagé à expérimenter cette proposition car la lutte contre l'illectronisme ne peut pas être conduite qu'avec une alliance des territoires. Jacques Oberti a comparé la lutte contre l’illectronisme à « une course contre la montre » avant de rappeler que le manifeste doit faire l’objet de mesures concrètes très rapidement. « Il faut s’appuyer sur le réseau associatif pour aller plus loin » a quant à lui souligné Franck Trichet, adjoint au Maire de Nantes & conseiller métropolitain Innovation et Numérique, membre de la commission numérique des Interconnectés à l'origine du manifeste.

De nouveaux défis pour le numérique territorial

Quels sont les défis du numérique territorial ? Comment a évolué la question du numérique pendant le mandat municipal 2014-2020 ? Quelles seront les priorités de la prochaine mandature pour les élus concernant le numérique ? Ces questions ont rythmé les débats de la conférence plénière d’ouverture du 16ème Forum des interconnectés, en présence de Cédric O.

Les usages du numérique, la place des habitants, le devenir des données personnelles collectées, l’échelle territoriale pertinente (rurale, communales, périurbaine, intercommunale), l’impact de la transformation numérique sur l’environnement ou encore la lutte contre l’exclusion numérique seront quelques-uns des dossiers de fond qui attendront les équipes sorties victorieuses des élections municipales de mars 2020.

Pour Karine Dognin-Sauze, présidente des Interconnectés, "l’innovation par le numérique doit s’inscrire au cœur des politiques publiques et doit devenir un sujet politique à part entière".

Elle a souligné que durant le mandat 2014-2020, un bond de géant a été fait sur la transformation numérique dans les collectivités locales, mais qu'il a été difficile de faire émerger la valeur d'usage du numérique auprès des habitants. Les sujets d’éthique, de souveraineté et d’appropriation par les citoyens du numérique seront très certainement à l'ordre du jour des priorités du prochain mandat 2020-2026.

Conférence d'ouverture Les INterconnectés

Pour Constance Nebbula, conseillère déléguée à l'économie numérique et à l'innovation et Conseillère communautaire à Angersun, le prochain mandat sera plus centré sur l’usage et la place de l’habitant, le numérique responsable, le numérique inclusif mais aussi éthique, suggérant de passer d’une délégation d’économie numérique à « transition numérique ». Francky Trichet, adjoint au maire et conseiller métropolitain de Nantes métropole, considère que la question de la donnée a constitué une rupture dans le mandat. L'enjeu du prochain mandat sera de définir un cadre de régulation de la donnée pour mettre en confiance les politiques publiques, citant comme exemple la mise en place d'une charte métropolitaine de la donnée dans la métropole de Nantes (éthique, transparence, la non-utilisation de l’IA pour la prise de décision individuelle).

Nous avons besoin d’un « plan Marshall » sur les compétences numériques pour former les habitants et accompagner ces transitions dans les territoires, explique Francky Trichet, adjoint au maire et conseiller métropolitain de Nantes métropole.

"La smart city n’est pas réservée aux métropoles", a précisé Jeanne Carrez-Debock, responsable du programme smart city à la Banque des territoires, qui en a profité pour brosser un bilan de l'usage par les collectivités de l'outil numérique. Durant ces six dernières années, elle a identifié plusieurs difficultés concernant la transformation numérique dans les collectivités : un manque de compétences en interne, des problèmes de gouvernance (interne/externe) et l'appropriation du sujet de la data qui "reste un sujet ultra-complexe".

Les questions de la data, de l’innovation au service de la transition écologique et de la place du citoyen dans les civic techs sont les défis du prochain mandat, selon Jeanne Carrez-Debock, responsable du programme smart city à la Banque des territoires.

Enfin John Billard, Maire de Le Favril (28) et vice-président de l’AMRF, a rappelé l'importance du maire face à la dématérialisation accélérée des services publics, et Jacques Oberti, président du SICOVAL et maire d’Ayguesvive, a souligné que le numérique est un formidable levier économique, citant la création de 17 000 emplois sur son territoire et 9% de croissance grâce au numérique pendant le mandat 2014-2020. Mais le paiement dématérialisé de l’impôt, il y a deux ans, a causé des problèmes d’incompréhension, nécessitant de prendre à bras le corps la question de l’inclusion numérique.

Invité à réagir à la fin de cette conférence d'ouverture, Cédric O a rappelé que le numérique est une opportunité pour la puissance publique, soulignant le rôle moteur des startups dans la création d'emplois dans les territoires.

Aujourd'hui, 1 emploi sur 5 en France est crée par des startups. Dans notre classement « French Tech 120 », un tiers d’entre elles ne sont pas à Paris (Saint Etienne, Lyon…). Les startups tirent l’attractivité des territoires, a rappelé Cédric O, à l'occasion du Forum des Interconnectés.

Cédric O Forum des interconnectés 2020
Cédric O est intervenu à la conférence d'ouverture du Forum des Interconnectés le mercredi 12 février 2020.
©J. Nessi

Mais, à l’autre bout de la chaîne, il y a la question de la fracture numérique. La numérisation à marche forcée a crée de nouvelles inégalités. Le phénomène conjoint de la numérisation du service public et des retraits physiques des guichets ont amplifié ce sentiment, selon le Secrétaire d'Etat. "Les Français doivent être outillés pour maîtriser ce monde numérique", a insisté Cédric 0. Les enjeux du financement et de la gouvernance font partie des priorités aujourd'hui, la Conférence des financeurs répond à cette problématique, a-t-il conclu son intervention.

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