Un droit à la mobilité soutenable pour tous ?

Cartoscopie Horizons publics 07
La géographie des alternatives à la voiture individuelle.
©Karine Hurel
Le 6 décembre 2018

Le mouvement des gilets jaunes porte de nombreuses revendications parfois contradictoires, allant de moins d’impôts à plus de services publics. Il donne lieu à autant d’interprétations quant à ses causes : inégalités sociales, faillite des corps intermédiaires, crise de la représentation démocratique. Mais c’est une question de mobilité durable qui en est le déclencheur. Nous vous proposons un décryptage en carte, à paraître dans le prochain numéro de la revue (numéro 7, janvier-février 2019).

Cartoscopie Horizons publics 07
La géographie des alternatives à la voiture individuelle.
©Karine Hurel

L’idée d’un droit à la mobilité a-t-elle déjà autant résonné avec l’actualité politique ? Calqué sur le droit à la ville théorisé par Henry Lefebvre il y a un demi-siècle, le droit à la mobilité procède d’un constat simple :

Dans le monde urbain, les déplacements, les flux et les échanges sont des dimensions fondamentales. En priver les individus revient à les empêcher de mener leur projet de vie et à créer des inégalités.

La nécessité de cette capacité mobilitaire vaut pour tous les habitants, des villes et des campagnes. Ces espaces n'offrent pourtant pas les mêmes facilités. Les villes, dotées de transports en commun et de services de mobilité variées et adaptées aux différents publics, sont plus à même de garantir ce droit. Les territoires peu denses offrent généralement moins de solutions, obligeant les individus à recourir à la voiture. Or la périurbanisation qui conduit à habiter les campagnes tout en dépendant des villes pour travailler et bénéficier de leurs aménités a renforcé la dépendance aux déplacements de ce type.

L’insoutenabilité de ce modèle est connue. S’éloigner des villes, bénéficier de confort spatial et d’un foncier plus abordable est judicieux tant que les coûts de la mobilité restent faibles et l’environnement négligé. L’augmentation des coûts liée au prix de l’énergie et des véhicules ainsi qu’à l’impact de ces déplacements sur l’environnement, la santé, la qualité de vie, s’accommode mal du manque d’élasticité du budget d’une part de plus en plus grande de ménages.

Les solutions alternatives qui se développent en complément des transports en commun, liées aux partages et à la mutualisation de véhicules, à l'essor des moyens de transports individuels électriques ainsi qu'à l'élargissement de l’usage des mobilités douces facilitées par le développement de plateformes multimodales permettront-elles de garantir durablement ce droit à la mobilité pour tous ? Les territoires n’affichent pas le même volontarisme en la matière ni ne disposent des mêmes ressources.

Remédier aux conséquences d'un demi-siècle de politiques aménagistes de ce point de vue peu cohérentes constitue dans tous les cas un sacré défi.

Sous prétexte de favoriser le développement de tous les territoires pour équilibrer le pays, on a encouragé la périurbanisation, l'éloignement des lieux de résidence et d'emploi, l’affaiblissement des villes-centres, la dépendance à la voiture ; dans le même temps, on tentait de réguler l'étalement urbain et ses externalités par des normes et dispositifs de planification peu efficaces.

Si la crise actuelle est avant tout sociale, avec un creusement inique des inégalités de revenu, de capital et une fragilisation des classes moyennes et populaires, on ne peut douter que notre modèle d’occupation de l’espace et les contraintes pesant sur le droit à la mobilité n’arrangent rien.