Revue

Cartoscopie

Boire « bio » pour connaître l’ivresse de la transition écologique heureuse

Le 19 novembre 2020

Pour réaliser la transition écologique, faut-il opter pour la tactique des petits gestes ou pour la stratégie des grands accords ?

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L’alternative fait débat. N’est-ce pas avant tout la responsabilité des États et des grands groupes industriels, ainsi que leurs leviers d’action puissants qu’il faut prioritairement mobiliser, plutôt que celle des individus, dont les pratiques isolées ont une incidence trop faible, trop lente, trop locale ? On peut aussi penser qu’il n’est plus temps de débattre du « qui fait quoi » et que, sans nier les questions de justice et de réparation auxquelles devront répondre à ceux qui portent la responsabilité de la situation terrestre, ce sont bien tous les échelons d’actions possibles qu’il faut réorienter pour bifurquer écologiquement et atterrir. On adhérera plus encore à cette posture si l’on songe à l’interdépendance de ces échelons.

Le cas de la production agricole et alimentaire, dont celle du vin, est de ce point de vue emblématique : faut-il tout miser sur les futures réglementations internationales, les politiques européennes et nationales pour engager la transition nécessaire, en observant – atterré – l’activisme des lobbys et le jeu d’acteurs politiques et économiques qui l’accompagnent ? Ou doit-on aussi, en tant que consommateur, faire des choix qui soutiennent les viticulteurs ayant opté pour un travail différent de la terre et des vignes, plus respectueux de l’environnement, mais aussi des consommateurs, des citoyens résidant près des exploitations et des viticulteurs eux-mêmes dont la santé pâtit de l’utilisation des pesticides et autres produits phytosanitaires à la toxicité avérée.

La force et l’efficacité ne sont pas forcément où l’on croit, surtout lorsque l’on s’intéresse aux produits à la fois non indispensables, substituables et culturellement très signifiants. On peut ainsi simplement cesser de boire de l’alcool, ou s’astreindre à ne boire que du vin « bio ou nature ». Les territoires – tout acteur confondu – peuvent contribuer à développer des pratiques viticoles plus respectueuses de l’environnement et du territoire. Les viticulteurs engagés dans la conversion peuvent continuer à faire valoir les bienfaits de leur approche, sur les écosystèmes, leur santé, la qualité de leurs produits, leur rentabilité économique, globalement le sens de leur travail. Les médias faire savoir ce qui se joue dans l’évolution de ces pratiques et de ces goûts. Combien de temps les producteurs, négociants, distributeurs, actionnaires de la viticulture « traditionnelle » pourraient-ils résister à un tel mouvement collectif de petits gestes, aux risques d’effondrement de leur marché ? Les élus et gouvernants à une forme si pacifique de résistance civile qui menacerait les territoires viticoles et une filière économique porteuse ?

Une telle dynamique des petits gestes pourrait s’avérer d’autant plus vertueuse que le vin n’est pas un produit de consommation ordinaire : il relève du patrimoine, de la culture française et territoriale ; il dispose d’une forte valeur symbolique et sociale. Son changement de modèle pourrait avoir force de preuve et d’exemple à suivre. De là à imaginer dans l’ivresse de la consommation « modérée » de vin « bio » un pas vers la transition écologique heureuse…

 

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