Des micro-nouvelles pour imaginer la citoyenneté de demain

Bright Mirror Bluenove
Le 28 février 2019

Le 13 février les Halles civiques de Belleville, lieu d’innovation citoyenne, inauguré en 2018, accueillait une soirée Bright Mirror, projet lancé en 2018 par la société Bluenove, qui fait partir de l'un des quatre prestataires en charge d'analyser les contributions citoyennes du Grand débat national. Au menu de cette rencontre, la citoyenneté et la démocratie du futur, deux des thèmes du Grand débat national lancé par Emmanuel Macron. Une soixantaine de participants, en majorité des jeunes, ont planché sur ce sujet lors d’un atelier d’écriture d’un genre nouveau. Récit.

 

Il est 19h, les premiers invités franchissent les grilles du parc de Belleville, exceptionnellement ouvertes. Après la descente des marches dans l’obscurité, l’œil est attiré par une aura lumineuse, la Halle de Belleville qui surplombe la capitale. Dans ce lieu désormais consacré à l’exercice de la citoyenneté, les participants échangent autour d’un verre apéritif.

Vers 19h30, nous sommes conviés à rejoindre les tables. Antoine Brachet directeur Intelligence collective de la société Bluenove, l’une des quatre entreprises choisies pour analyser les contributions citoyennes du Grand débat national, revient sur la genèse de Bright Mirror. Lancé en février 2018 au Labo de l’édition, le projet Bright Mirror utilise l’intelligence collective pour créer des utopies positives sous la forme de micro-nouvelles. Depuis la naissance du projet, des étudiants, des salariés, des enfants, à Paris ainsi qu’à Acra et Abidjan, ont ainsi imaginé près de 2000 histoires.

En novembre 2018, la séance sur le fonctionnaire du futur a permis de dégager un terme commun aux récits, le mot « Mission ». M pour mutabilité, I pour Intelligence Artificielle, S pour Service Public Local, I pour Intérêt Général, O pour Opérationnel et N pour Nécessité détaille une étudiante en sciences politiques ayant analysé les contributions. De réels enjeux pour la transformation de la fonction publique.

Bright Mirror Bluenove

À cette allocution suit une brève prise de parole de Loïc Blondiaux, professeur de sciences politiques à l’Université Paris I. Son objectif : transmettre matière à réflexion. Il part d’un texte de Benjamin Constant et cite deux idéaux de citoyenneté : au citoyen républicain, participant aux affaires publiques et dont la vie politique procure satisfaction, il oppose le citoyen libéral qui jouit de son existence privée et exerce sa liberté de produire, de consommer en se méfiant du politique. Le deuxième modèle a façonné nos institutions où le citoyen se contente de choisir ses gouvernants, de défendre ses droits.

Loïc Bondiaux propose ensuite plusieurs scénarios afin d’ouvrir le champ des possibles. « Si les citoyens votaient différemment en attribuant des notes aux différents candidats ? S’ils tiraient au sort les différents candidats ? S’ils étaient à l’origine de la loi (par le référendum d’initiative citoyenne RIC) ? S’ils pouvaient évaluer les politiques publiques ? S’ils pouvaient s’autogouverner ? S’ils étaient formés à la citoyenneté ? »

L’heure tourne. Nous sommes invités par groupe de trois ou quatre à rédiger une histoire selon un cahier des charges précis : 10 minutes pour poser ses idées, 35 pour rédiger, 10 pour relire, 5 pour mettre en ligne l’histoire sur la plateforme. Slam, poème, sketch, pièce de théâtre, dialogue, le récit peut prendre toutes les formes imaginables.

Pour démarrer, on nous propose quatre accroches possibles, toutes démarrent le 13 février 2050 : « Je suis un citoyen fonctionnaire » ; « je me rends à une réunion de citoyens engagés dans… », « je reçois ma lettre de mandat électif temporaire » ; « je raconte à mes petits-enfants « aujourd’hui c’est le 30ème anniversaire du Grand Débat National, qui a marqué le début de… ».

Notre groupe choisit la dernière. Nous rédigeons sur des post-it, la table se remplit de tâches jaunes, bleues et vertes. Des médiateurs marquent le tempo : dix minutes se sont écoulées, il faut commencer à écrire. Mes voisines regorgent d’idées : plus de président, des Assemblées citoyennes, des rassemblements par commissions. J’émets quelques suggestions sur l’éducation, la place des plus jeunes. Nous tranchons pour un dialogue entre un enfant ébahi face aux révélations de sa grand-mère sur le « vieux monde » et cette femme fière de ce jour où tout a basculé. L’alchimie est immédiate, mes camarades de jeu enchainent les phrases, j’écris à un rythme accéléré, on se consulte et on avance. Pas de place au doute. Ce monde du futur nous séduit. Une page est remplie quand on nous enjoint de relire. Déjà ? Nous arrêtons à regret d’aligner des mots pour imaginer un titre et insérer notre production dans le back office.

Dernière étape de ce marathon littéraire, la lecture des textes. Timidement le premier groupe s’approche puis les mains se lèvent, plus franches. Des robots, des sociétés autogérées, des excès de démocraties, les récits ont du génie, de l’humour, de la force. En à peine une heure, il ressort de cet exercice une immense matière à réflexion. La preuve est faite du pouvoir de l’intelligence collective, reste à savoir comment transformer cette énergie en action.