Quand l’innovation sociale inspire les politiques publiques

Le 26 novembre 2019

Le collectif #NousSommesDemain – qui regroupe des entreprises issues de l’économie sociale et solidaire (ESS), mais aussi des entreprises classiques et des ONG internationales – a organisé ses premières Universités d’été de l’économie de demain, en septembre 2019 à Paris. L’occasion d’aborder le rôle et la place de l’innovation sociale dans les politiques publiques et comment les initiatives de la société civile peuvent contribuer à transformer, par petites touches, l’action publique.

Changer le monde positivement et accélérer la transition économique et environnementale, tel fut le fil conducteur de la première édition de ces Universités d’été, qui ont rassemblé 1 500 participants en deux jours, à la cité universitaire de Paris. Avec un temps d’échange et de débat organisé le 4 septembre 2019 sur le thème : « Les innovations sociales peuvent-elles être les politiques publiques de demain ? » 2.

Pour Hugues Sibille, le président du labo de l’ESS, ce sont surtout les collectivités locales qui portent l’innovation sociale aujourd’hui et non l’État.

Depuis la loi de juillet 2014 sur l’ESS3, trois éléments nouveaux doivent être pris en compte : l’ampleur de la question écologique, un manque de coopération des différents acteurs de l’ESS pour « faire transition » et un défaut d’ingénierie publique. « Les décideurs publics ne savent pas faire l’ingénierie publique de l’innovation sociale », regrette-t-il. Il faut, selon lui, s’inspirer, par exemple, de l’expérimentation « Territoires zéro chômeur de longue durée » 4, une initiative au départ associative qui est en train de devenir une politique publique de lutte contre le chômage à plus grande échelle.

La coopération entre État, entreprises privées et entrepreneurs sociaux, une clé de réussite pour changer de paradigme

Pour Mélanie Marcel, co-fondatrice de SoScience, une entreprise spécialisée en recherche et en innovation responsable, « la collaboration entre innovateurs sociaux, entreprises engagées, scientifiques et l’État est la clé pour permettre les transitions démocratique et écologique ». Pour que l’innovation sociale puisse influencer les politiques publiques, il faut que « les entrepreneurs sociaux et les associations travaillent avec les start-up », précise Hugues Sibille. C’est la raison d’être de French Impact, une initiative gouvernementale lancée en janvier 2018 par Christophe Itier, le haut commissaire à l’économie sociale et solidaire et à l’innovation sociale.

Notre objectif est de faire coopérer tous les acteurs qui font de l’innovation sociale un levier de transformation du pays », explique Stéphanie Goujon, la directrice du label French Impact, avant de préciser : « L’enjeu, c’est que l’innovation sociale et environnementale change d’échelle pour inspirer les politiques publiques ».

French Impact a annoncé mi-septembre 2019 que 375 millions d’euros sont mobilisés pour financer la croissance des entreprises à impact : du pré-amorçage au changement d’échelle.

Vers des services publics citoyens ?

« Les innovations sociales doivent devenir les services publics de demain », explique Paul Duan à la tête de Bayes Impact, une ONG de la « tech for good » dont l’objectif est de mettre la technologie et l’intelligence artificielle au service du bien commun. Les innovateurs sociaux peuvent contribuer à améliorer les politiques publiques car ils ont deux atouts que n’ont pas les représentants des pouvoirs publics : être capable d’apporter une solution de rupture en changeant la façon de traiter le problème et s’autoriser à prendre des risques, à faire des essais et à se tromper, ce qui permet de favoriser l’innovation. Selon Paul Duan, « la tech peut être un vrai levier pour transformer les politiques publiques en décuplant une action avec un coût marginal bien plus faible ». Traduction : le numérique peut contribuer à faire passer à l’échelle une innovation sociale. L’enjeu, pour cet entrepreneur, c’est que les innovateurs sociaux se réapproprient ces outils technologiques pour réinventer les services publics citoyens, et ne pas laisser aux GAFAM le terrain libre. « Il faut mettre de l’argent, lever des fonds et financer la recherche et le développement pour l’innovation sociale », conclut Hugues Sibille, qui est aussi président de la Fondation du crédit coopératif.

À l’issue d’un vote à la fin de cette plénière, c’est sa proposition d’instaurer un crédit d’impôt innovation sociale qui soit ouvert à tous, entrepreneurs sociaux, coopératives, mutuelles et associations, qui a obtenu 42 % des suffrages. Une piste à suivre pour favoriser l’innovation sociale et la transformation des politiques publiques.

Pour aller plus loin

À voir en vidéo sur horizonspublics.fr : Mélanie Marcel : « Les innovations sociales peuvent inspirer les politiques publiques »

  1. http://ueed2019.com/
  2. Une plénière participative avec Paul Duan (Bayes Impact), Stéphanie Goujon (French Impact), Mélanie Marcel (SoScience) et Hugues Sibille (Labo ESS).
  3. L. n2014-856, 31 juill. 2014, relative à l’économie sociale et solidaire.
  4. Soubrouillard R., « Territoires zéro chômeurs : la fabrique de l’emploi », Horizons publics janv.-févr. 2018, n1, p. 8-9.

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