Web

Tribunes

Après l’échec de la COP25, les collectivités locales en première ligne de la transition bas carbone

Le 27 janvier 2020

Le dérèglement climatique est de plus en plus évident, et nous en avons chaque jour des preuves plus tangibles : des incendies d’une ampleur sans précédent en Australie, à la fonte des glaces polaires qui bat année après année un nouveau record, en passant par la perturbation plus insidieuse mais non moins préoccupante, des systèmes agricoles dans le monde entier et donc aussi en France. Et pendant ce (mauvais) temps, les négociations pour concrétiser les engagements enthousiastes des gouvernements signataires de l’Accord de Paris, piétinent sérieusement.

 

Les COP se suivent et se ressemblent…

 La dernière COP – 25ème du genre – a été un nouvel échec qui marque une fois encore l’incapacité des États à passer à l’acte. Après Marrakech en 2016, Les Fidjis relocalisées à Bonn en 2017 et Katowice en 2018, nous aurions pu rêver que cette COP25 initialement prévue au Chili et finalement dépaysée à Madrid marque une avancée notable en faveur de la mise en œuvre de l’accord adopté à Paris en 2015 pour une diminution drastique des émissions des pays signataires afin de limiter le réchauffement global à moins de 2 degrés en 2100 par rapport à l’ère préindustrielle. Ni la chaleur madrilène, ni les injonctions motivées de Greta Thunberg n’ont convaincu les gouvernements de s’accorder sur les mesures essentielles. Dès lors, nous voilà condamnés à accepter une trajectoire qui conduit à un réchauffement de l’ordre 3 à 4° en 2100…

Le gouvernement français n’a d’ailleurs pas brillé pendant cette COP. Notre Président, qui rappelle à qui veut bien encore l’écouter qu’il faut « make the planet great again », n’a même pas daigné faire le voyage pour tenter de booster une position européenne anémique !

Ces échecs récurrents des gouvernements mettent d’autant plus en évidence la mobilisation, bien moins médiatisée des acteurs non étatiques, en particulier des collectivités territoriales. Ces gouvernements locaux, directement confrontés aux demandes, voire aux revendications, de leurs habitants et de leurs usagers sont eux, pour la plupart, passés du constat et des belles déclarations à l’action. Le constat a été fait depuis plusieurs années. Les territoires urbains, en particulier, sont, du fait de la population et des activités humaines qu’ils concentrent, responsables de près de 70% des émissions de gaz à effet de serre. Si les territoires ruraux sont de moins gros émetteurs, ils portent, avec les ressources naturelles qu’ils peuvent mobiliser, une part conséquente de la solution pour accélérer la transition vers l’économie bas carbone. Force est de constater que ces collectivités – en France, en Europe et dans plusieurs régions du monde, se sont mises en mouvement. Elles s’efforcent de « faire leur part » en rénovant le bâti, en développant des alternatives à la voiture individuelle, en encourageant les changements de comportement vers plus d’efficacité et de gaspillage, en stimulant les entreprises qu’elles accueillent sur leur territoire à prendre sans tarder le virage de la transition.

Les collectivités locales prennent l’enjeu climatique à bras le corps

Certains esprits chagrins nous diront que les ambitions sont inégales et que les actions, quand elles sont engagées restent bien en deçà des ruptures nécessaires. L’équipe de Transitions, agence de conseil en stratégie de développement durable qui travaille depuis plus de 10 ans au contact des collectivités en France mais aussi à l’international constate, elle, la détermination des élu.e.s et de leurs services à prendre à bras le corps l’enjeu climatique et énergétique. Elles le font parce qu’elles voient leurs administrés craindre le prochain épisode caniculaire, ou les pluies diluviennes et les tempêtes, dont la fréquence accrue et la gravité renforcée sont les signes de moins en moins contestés de la dégradation du climat mondial. Elles le font parce qu’elles ont compris qu’elles avaient en main les leviers structurants de la transformation des modes de vie, de consommation et de production : l’aménagement, le bâti, la mobilité, l’information et la mobilisation des acteurs économiques et des citoyens. Elles le font aussi parce qu’elles perçoivent les bénéfices potentiels – économiques et sociaux – d’une transition ambitieuse qui permet de réduire la facture énergétique territoriale, de préserver le pouvoir d’achat des ménages en limitant les consommations d’énergie et de développer l’activité et l’emploi autour des programmes de rénovation et de promotion des productions locales d’énergie renouvelable.

Il est effectivement plus intéressant de couvrir ses besoins énergétiques maîtrisé à partir des ressources renouvelables locales – le soleil, l’eau, le vent, le bois, les déchets - qu’en important du pétrole d’Arabie Saoudite, du gaz de Russie ou de l’Uranium du Niger.

Elles le font surtout parce qu’elles perçoivent les nouvelles dynamiques qu’emportent cette réappropriation des questions énergétiques : la nécessité de renforcer les concertations entre les différentes familles d’acteurs pour optimiser l’utilisation des ressources qui, nous le comprenons maintenant, sont de plus en plus rares et seront donc de plus en plus chères ; la redéfinition de l’intérêt public et du bien commun ; la mobilisation de toutes les forces vives de leurs territoires… Elles le font enfin parce qu’elles découvrent l’enthousiasme que génèrent ces démarches de transition qui donnent un sens nouveau à l’action publique.

Appréhender avec plus d’équité le devenir des territoires urbains et des territoires ruraux

Mais rien n’est facile et ces collectivités rencontrent aussi de réelles difficultés pour mettre en œuvre des démarches vraiment ambitieuses, inclusives et surtout équitables. Les grandes agglomérations dotées de moyens et d’ingénierie qualifiée ont, en toute logique, progressé plus rapidement dans la transformation de leurs pratiques. Elles ont, dès lors, été surprises de se voir confrontées aux réactions des territoires que certains dénomment « périphériques » demandant que leurs contraintes et leurs attentes soient aussi prises en compte.

Ainsi, la crise des gilets jaunes, dont nous ne sommes pas encore sortis, loin s’en faut, est venue rappeler avec vigueur, qu’il n’était plus possible de traiter séparément les enjeux environnementaux et sociaux, tout comme il était nécessaire d’appréhender avec plus d’équité le devenir des territoires urbains et des territoires ruraux.

La question écologique au cœur des municipales 2020

L’énergie est au cœur de nos vies, comme l’est notre alimentation, l’air que nous respirons, le cadre de vie dans lequel nous évoluons… ces sujets sont aussi au cœur de l’action publique locale.

La montée en puissance de la question écologique autour des élections municipales de mars prochain n’est pas, n’est plus, une passade de l’opinion publique. Elle révèle une préoccupation croissante, intense et intime des citoyennes et des citoyens qui expriment une inquiétude profonde face à la dégradation des conditions sociales et environnementales de leur vie quotidienne. Gageons que les candidats aux élections locales qui s’annoncent sauront entendre ces inquiétudes.

Gageons surtout que les prochains élus sauront démultiplier les actons qui émergent ici et là dans les villes, les bourgs et les campagnes pour accélérer cette transition dont nous avons toutes et tous un besoin urgent ! Restera ensuite au gouvernement à reconnaître la force de cette transition écologique des territoires, pour mieux l’accompagner, la faciliter et l’accélérer. Il y a urgence !

A lire aussi