Notre but est de penser et de promouvoir la rénovation de l'action publique

Le 18 avril 2018

À l’occasion de la parution du premier hors-série d’Horizons publics, Vincent Potier, président d’Action publique XXI1, revient sur les objectifs de son association, et plus largement sur les chantiers majeurs qui seront au cœur de la transformation de l’action publique.

Pourquoi avez-vous souhaité lancer une nouvelle association sur l’action publique ? Quels sont vos objectifs à moyen et long terme ?

La récente création d’Action publique XXI repose sur une conviction : l’action publique est nécessaire et doit contribuer au bien commun, mieux et autrement. Notre but est de promouvoir la rénovation de l'action publique en ayant cette conviction au cœur des démarches. Notre regard n’est pas centré sur une échéance électorale mais sur l’horizon du siècle en devenir.

Simplifier l’action publique, rendre les services publics efficaces et réactifs, gérer l’argent public de manière économe : ces objectifs opérationnels ne sont pas négligeables mais ce sont les finalités poursuivies qui sont essentielles et c’est la méthode de pilotage pour y parvenir qui est cruciale. Comment tenir les deux bouts de la chaîne ? Comment rendre les services publics plus efficaces, efficients, économes tout en faisant progresser ce qui contribue au bien commun ? Comment exercer mieux et autrement les services publics ? Ces questions fondamentales concernent les citoyens mais aussi la globalité des acteurs publics (État, collectivités territoriales, Sécurité sociale, hôpitaux) dans leurs rapports avec les sphères économiques et sociales.

Le présent hors-série d’Horizons publics que le groupe Berger-Levrault a bien voulu consacrer à cette initiative - ce dont je le remercie vivement - esquisse les thématiques sur lesquelles nous allons revenir, demain et à moyen terme, notamment sous la forme de « notes d’Action publique XXI » qui développeront notre approche.

 

Action publique XXI

Quels sont selon vous les défis de l’action publique aujourd’hui, largement développés dans ce hors-série ?

À l’heure des préjugés, des caricatures et des supposées solutions à l’emporte-pièce concernant les services publics, les fonctionnaires et la dépense publique, que véhiculent certaines officines, tribunes et émissions, Action publique XXI veut affermir et affirmer une vision équilibrée. Celle-ci prône la rénovation des services publics, inspirée par le meilleur de notre modèle républicain, dans une approche humaine. Ce modèle doit évoluer, s’adapter, se simplifier et se moderniser  mais sans perdre ses fondements, ses valeurs, ses principes et ses responsabilités.

C’est cette vision d’équilibre qui inspire Action publique XXI. Notre horizon est celui de l’action publique du XXIème siècle, celui de l’avenir de la planète, des objectifs de développement durable des Nations-Unies, d’une vision républicaine du contrat social, de valeurs qui sont des convictions, de principes qui sont des devoirs, de responsabilités sociétales qui sont des exigences.

C’est ainsi qu’Action publique XXI veut souligner combien l'action publique est essentielle car elle est le premier des leviers pour trouver des solutions face aux défis d’aujourd’hui. Ceux-ci sont démocratiques, sociaux, écologiques et économiques comme l’esquisse le hors-série d’Horizons publics qui vient d’être publié. Les futures notes d’Action publique XXI mettront en évidence de manière plus précise la portée pratique de ces défis et les solutions qui confortent le bien commun.

Les services publics à la française, auxquels les Français sont attachés, sont les piliers de nos démocraties. Comment les transformer pour qu’ils deviennent les acteurs et les moteurs des transitions économiques, sociales, écologiques et démocratiques ?

La transformation des services publics ne résulte pas d’une opération de simple réduction aveugle de la dépense publique, ni d’opérations portant seulement sur l’architecture institutionnelle. La transformation ne provient pas de la simplification survalorisée des processus, des outils numériques ou des méthodes agiles de fabrication. Ces techniques peuvent jouer un rôle positif mais n’apportent de réelles évolutions de fond que si les finalités et les usages évoluent, c’est-à-dire si des choix politiques sont opérés, une philosophie de l’action est adoptée et l’adhésion des acteurs est obtenue.

Il va de soi que l’action publique doit absolument être simplifiée dans ses processus, paraître plus lisible dans ses institutions, devenir plus efficace dans ses résultats, elle doit être exemplaire, elle a besoin d’être économe, elle mérite d’être pleinement automatisée et facilitée par les outils numériques. Ceci est indispensable mais n’est pas suffisant. L’essentiel est à un autre niveau.

L’essentiel réside dans ce qui contribue à faire vivre le contrat social, accroître le bien commun et, ainsi, donner un espoir à la nation. Si cet essentiel est au cœur d’une démarche de rénovation de l’action publique alors les modifications architecturales, les outils, les techniques et les mesures budgétaires prennent leur juste place et trouvent leur véritable sens.

C’est pour cela que l’action publique doit être reconnue pour sa valeur, la dépense publique mérite d’être pensée comme investissement, les finalités nécessitent d’être clairement déterminées, de telle sorte que le sens de l’action publique soit clair et que les acteurs publics comprennent et adhèrent aux orientations.

D’où quelques principes qui méritent de guider les responsables de l’action publique : la prise en compte des acteurs compte autant que les actions. Les finalités importent plus que les outils et processus. La méthode conditionne les objectifs car la façon de procéder peut faire réussir tout comme elle peut briser les meilleures intentions de réforme.

Comment mieux accompagner les fonctionnaires territoriaux dans leur entreprise de modernisation ?

Les fonctionnaires territoriaux ont le désir de comprendre et d’adhérer au sens de l’action publique à laquelle ils contribuent. Ils aspirent à devenir acteur dans un écosystème de gouvernance équilibrée. Ils aspirent à un « travail bien fait » pour lequel ils souhaitent investir dans leurs compétences professionnelles, c’est-à-dire dans les savoir-agir, les pouvoir-agir et les vouloir-agir et interagir en situation professionnelle.

Si une « entreprise de modernisation » n’est pas conçue en prenant en compte les questions du sens, n’est pas fondée sur une gouvernance équilibrée et n’investit pas dans les compétences professionnelles, elle finira en-deçà de ses ambitions initiales voire s’achèvera en parcours du combattant avec des troupes exténuées, désenchantées et pressées d’en finir.

Ceci nécessite de penser finement les finalités et la méthode de pilotage de toute entreprise de modernisation de l’action publique.

Pour reprendre autrement ce que je disais précédemment, je soulignerai combien « adapter », « stabiliser », « affirmer », « affermir », « simplifier », « regrouper », « unifier », « mutualiser », « fluidifier », « rendre plus sobre » sont des « gestes » - aux résonances parfois culturelles - qui méritent d’être pensés à l’échelle de chaque service public, avec les agents concernés et l’expérience des « usagers ». Procéder ainsi garantit plus de résultats (notamment financiers) sur la qualité des services publics que bien des modifications « architecturales », comptables, parcellaires ou cloisonnées de chantiers de « transformation » permanente que certains jugent nécessaires d’inventer et d’imposer sans vouloir associer les agents, sans chercher à savoir ce qu’ils proposent et sans pouvoir les rendre acteurs.

 Faut-il donner plus de liberté aux collectivités territoriales pour agir mieux et autrement ?

Dans le modèle de République décentralisée - différent des modèles fédéraux mais avec des atouts - les collectivités territoriales ont des marges de manœuvre considérables dans un système institutionnel très (trop ?) complexe mais qui a le mérite de garantir une certaine unité et une relative  cohérence de la nation au nom de la valeur d’égalité.

Des marges de décentralisation plus fortes existent : le premier véritable enjeu réside à ce niveau pour davantage de responsabilités de proximité, gage de qualité de l’action publique.

Les disparités entre territoires sont profondes : le second véritable enjeu réside à ce niveau pour davantage d’égalités territoriales, gage de solidarité dans l’action publique.

Il est permis de se demander si les intentions de différenciation des institutions territoriales répondront à ces deux enjeux prioritaires ou reflètent une méconnaissance de la dynamique de l’échelon local car c’est à ce niveau que la République réussit ou échoue, dans le plus grand nombre des champs de l’action publique.

 1 Vincent Potier est aussi directeur général du Centre national de la fonction publique territoriale (CNFPT)