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Le choix de la prospective pour ouvrir le débat sur l’avenir de la santé dans les territoires

Solange Ménival et Roland Michel
Le 17 mai 2019

La santé est au cœur des préoccupations des Français. S’ils bénéficient des points forts de son système de prise en charge, ils en vivent aussi les faiblesses au quotidien. Dans une période de grands changements, ils s‘interrogent sur la façon dont ils seront soignés demain. Le think tank Stratégie Innovations Santé aborde cette question de façon originale en envisageant différents scénarios d’évolution pour les dix années à venir. Entretien avec Solange Ménival et Roland Michel, présidente et délégué général du think tank Stratégie Innovations Santé.

FSA2020

Vous avez adopté une démarche prospective pour conduire votre réflexion. Pour quelles raisons et que vous apporte-t-elle ?

Roland Michel – C’est un mode de pensée ouvert et positif. En anticipant des futurs possibles on élargit la réflexion, en se décalant du passé et du présent. Certes, ils existent et nous devons les prendre en compte, mais en créant un espace temporel encore vierge, nous nous mettons en position d’acteur. Il n’y a rien de prophétique dans la prospective, c’est simplement une façon d’explorer l’avenir, en considérant qu’il n’est pas écrit d’avance et que nos actions peuvent influencer son cours. Elle nous apporte une capacité à décrire des visions alternatives, à les analyser et à engager un dialogue autour d’elles. C’est aussi une façon d’ouvrir un débat constructif, sans tabous, et d’aller le plus loin possible dans les raisonnements. Le pire n’est jamais le plus probable, mais il peut survenir si on ne fait rien, de même que la construction du meilleur ne résulte pas de la chance, mais de l’anticipation et d’une action résolue dans la durée.

Vous avez porté votre vision à l’horizon 2030. Pourquoi avoir choisi cette échéance et en quoi une vision est-elle nécessaire ?

Solange Ménival – C’est d’abord un horizon temporel saisissable sur lequel on dispose déjà de pas mal d’informations. Un espace de dix ans c’est le temps long de beaucoup de projets et d’échéances déjà identifiés. Beaucoup se retrouvent autour de cette période. C’est difficile de se projeter au-delà, tant se multiplient les facteurs de complexité et d’incertitudes, déjà présents aujourd’hui, rendant notre futur plus lointain de moins en moins lisible. Dans une période de très grande transformation, tous les acteurs, à quelque métier qu’ils appartiennent et à quelque dimension qu’ils existent, ressentent la nécessité de se projeter dans le futur soit pour l’investir, soit pour s’y adapter. Si l’espace temporel est suffisant pour y parvenir, encore faut-il qu’ils disposent d’une vision suffisamment claire de vers quoi nous allons. Faute de pouvoir se projeter ils restent dépendants du présent et perdent leur possibilité d’agir.

Vous travaillez par scénarios. Comment êtes-vous parvenus à les formaliser et que vous apportent-ils ?

Roland Michel – Nos scénarios se sont imposés au fil du temps, à partir d’échanges, de veille prospective et de travaux de réflexion. Depuis plusieurs années, nous conduisons régulièrement des entretiens avec de multiples acteurs, impliqués d’une manière ou d’une autre dans le monde de la santé. Nous lisons beaucoup de publications et participons à de nombreux colloques. Nous suivons aussi avec attention la façon dont les autres pays du monde abordent les questions de santé et en tout premier lieu nos voisins européens. À un titre ou un autre il nous arrive aussi régulièrement d’être partie prenante de projets concernant la santé. C’est tout cela que l’on retrouve dans la formalisation de nos scénarios. Nous les actualisons en continu et ils sont notre mode d’entrée et notre contribution au débat sur le devenir de la santé des Français.

Vous collaborez depuis deux ans avec le journal Sud Ouest sur l’organisation du Forum Santé et Avenir (FSA). Quel est pour vous le sens de ce partenariat ?

Solange Ménival – Nous sommes un think tank totalement indépendant de tout groupe de pression. Nous avons cependant vocation à nous adosser à des initiatives, dés lors qu’elles vont dans le même sens que le nôtre et permettent de diffuser nos idées. C’est tout à fait le cas du FSA, autour duquel nous avons fait une belle rencontre avec l’équipe du journal Sud Ouest. Notre ambition commune est d’ouvrir un vrai débat sur la santé avec les moyens et la capacité de diffusion d’un grand quotidien régional. Notre démarche prospective constitue le fil rouge de la réflexion. L’existence d’un conseil scientifique de haut niveau élève considérablement la capacité d’analyse dans le choix des thèmes et la façon de les aborder. Nous attachons ensemble beaucoup d’importance à ouvrir et à décloisonner les échanges entre toutes les parties prenantes du système de santé. Le futur permet de construire des consensus là où ils sont beaucoup moins facilement réalisables dans le présent. La possibilité, offerte par un grand média, d’ouverture de la réflexion au grand public et de son acculturation aux problématiques de la santé de demain est également majeure.

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