Les acteurs publics face au défi des datas

1er états généraux des centres villes
Le 26 février 2019

L’association Centre-ville en mouvement organisait les 31 janvier et 1er février les 1ers États généraux de la gestion de centre-ville à Aix-en-Provence. Les intervenants se sont entre autres interrogés sur les moyens d’optimiser les données numériques pour dynamiser les centres-villes. Car les datas révèlent beaucoup de choses à ceux qui savent les décrypter…

« Ce serait dommage que seuls les Gafa profitent des données numériques ». Ce propos tenu par Renaud Sore-Larregain, expert centre-ville et commerces à la Semepa (Société d’Économie Mixte d’Équipement du Pays d’Aix) résume à lui seul le défi qui attend les décideurs publics en termes de datas.

Il était l’un des intervenants des 1ers États généraux de la gestion de centre-ville organisés les 31 janvier et 1er février par l’association Centre-ville en mouvement à Aix-en-Provence. À l’heure où le gouvernement, à travers « Action cœur de ville », entend redonner de la vie aux centres-villes des villes moyennes, fragilisés par le tout-métropole et la concurrence commerciale de la périphérie, l’enjeu de l’utilisation des données est « crucial », comme le rappelle Patrick Vignal, député de l’Hérault et président de l’association Centre-ville en mouvement. « Les données, bien utilisées, peuvent changer la dynamique des centres urbains », poursuit-il. Ça passe, par exemple, par « la mesure de l’élasticité du flux piéton », indique l’expert de la Semepa. « Nous savons par exemple que 25 % du flux quotidien piéton sur une ville comme Aix-en-Provence se produisent entre midi et deux ; or, dans cette tranche horaire, toujours à Aix, 39 % des commerces sont fermés. De même, dans la méga-zone commerciale de Plan-de-Campagne, en périphérie d’Aix-en-Provence, les données permettent d’établir que les commerçants qui décident de ne pas fermer le lundi font le même chiffre que le samedi. Ces indications sont indiscutables et permettent d’agir avec efficacité pour solutionner des problèmes ».

Les Chinois veulent payer mais…

Bien utilisées, ces données ont une réelle portée prédictive. Renaud Sore-Larregain fait un détour par la Chine pour étayer son propos : « Aujourd’hui, les classes moyennes chinoises sont beaucoup plus riches que les nôtres et dépensent en moyenne 600 euros par jour et par personne lorsqu’elles voyagent. Grâce aux datas, on sait plusieurs mois à l’avance où ils vont aller. Or, il se trouve qu’ils effectuent leur paiement par cartes UnionPay, principal fournisseur de cartes bancaires en Chine. Toutes les grandes enseignes se sont équipées à Paris. En région Paca, seul un commerce en est doté ! Ce qui ne veut pas dire que les touristes chinois ne dépensent pas en Provence mais qu’ils pourraient le faire beaucoup plus ! ». « La réforme du stationnement (Ndlr, début 2018) a été un tournant puisqu’elle a permis de mieux connaître les habitudes des habitants », affirme Philippe Laurent, maire de Sceaux et secrétaire général de l’AMF. « Dans le même temps, la participation citoyenne est devenue incontournable. Sur une récente opération d’aménagement dans notre commune, nous avons lancé une concertation. 1 800 personnes y ont participé, à travers 18 ateliers. Et la synthèse des débats a été transmise aux aménageurs pour qu’ils respectent les préconisations. Les concertations publiques bouclées d’avance, c’est fini », poursuit-il. x

Des datas monétisables ?

« Que peuvent apporter les datas ? », s’interroge Stéphane Paoli, adjoint au maire de la Ville d’Aix-en-Provence, en charge de l’innovation. « Notre centre-ville est très concentré. Plusieurs usages s’y frottent. Jeunes, moins jeunes, ceux qui font du bruit et ceux qui le subissent, etc. Sur ce mandat, nous nous sommes engagés sur 4 points : la propreté, le bruit, la pollution atmosphérique et les déplacements piétons.

Avec le Campus The Camp et des start-ups, nous disposons d’une supervision de cette réalité. Il y a des capteurs partout pour savoir vraiment si le bruit est intolérable, etc. Ces données nous appartiennent. Face aux contraintes financières que subissent les communes, pourquoi ne pas envisager de les monétiser ? Plutôt que d’augmenter les impôts, on peut vendre de la donnée aux enseignes pour leur fournir de précieuses indications et profiter de cette nouvelle ressource pour améliorer les services publics ».

« Dis-moi tout sur ton Aix ! »

Le numérique permet d’identifier les besoins. « Mais il n’est pas interdit d’aller chercher ces données, avec peu de moyens financiers », assure Grégory Vignier, chargé de mission ‘analyse des besoins sociaux’ au CCAS d’Aix-en-Provence. À travers l’interpellation coquine « Dis-moi tout sur ton Aix ? », le CCAS a ainsi lancé un vaste recensement des besoins de la jeunesse « pour pas un rond puisque le questionnaire était sponsorisé, disponible sur une plate-forme. Il y avait à l’intérieur une soixante de questions et certaines d’entre elles étaient ‘sponsorisées’ par des enseignes qu’apprécient beaucoup les jeunes, fast-food, fringues, etc. On a gagné beaucoup de temps pour identifier les attentes des jeunes, comme les endroits où ils ne pouvaient pas travailler entre midi et deux, où ils avaient du mal à se déplacer, etc. ». Données recueillies à l’ancienne ou par satellites, l’essentiel est en effet de partir de l’existant pour aller vers le mieux…

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