Recrutement dans le renseignement: la révolution du numérique

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Le 24 août 2018

Après la tuerie à Opéra (Paris), le 12 mai 2018, le porte-parole du Gouvernement Benjamin Griveaux a rappelé que les effectifs des services de renseignement seraient renforcés de 1 900 personnels à l’issue du quinquennat. Nécessité de la survie de la Nation, les services de renseignement doivent autant disposer de moyens humains, techniques que financiers, dans le but de protéger la sécurité nationale[1].

Si le renforcement du recrutement est lié pour partie à la lutte contre le terrorisme, il ne faut pas occulter le numérique, dont l’aspect cybersécurité et cyberdéfense est un axe prioritaire pour le Gouvernement. Déjà, la loi de programmation militaire pour les années 2014-2019 avait prévu le recrutement de 350 personnels supplémentaires pour traiter des questions de cyberdéfense[2]. Intégrer les services de renseignement suppose de passer les concours de la fonction publique, avec des concours propres à chaque service de renseignement, et plus exactement à chaque corps dont ils relèvent, hormis la voie contractuelle réservée à des spécialistes (linguistes, informaticiens, ingénieurs)

Le renseignement intérieur recrute-t-il pour le numérique ?

Oui, selon deux voies d’accès différentes.

Par principe, pour devenir fonctionnaire de la Direction générale de la sécurité intérieure (DGSI), le moyen principal d’y accéder réside dans les concours administratifs de gardien de la paix, d’officier de police ou de commissaire de police. Ces fonctionnaires seront ensuite affectés dans l’un ou l’autre service. C’est donc à l’issue du concours que le lauréat pourra aller dans un service consacré à la cybersécurité et la criminalité informatique.

Hormis le concours de gardien de la paix, les candidats doivent disposer d’une licence pour passer le concours d’officier de police et de commissaire de police, même si la plupart ont un master 2. La réussite du concours est liée à la préparation au sein d’un institut d’études judiciaires (IEJ) ou d’un institut de préparation à l’administration générale (IPAG), relevant d’une faculté de droit. Il est possible cependant d’y être affecté en tant que contractuel, par exemple « sur les 432 créations de poste prévues par le plan quinquennal 2014-2018 de développement de la DGSI, 60% concernent des contractuels »[3]. Cependant, comme le concède l’ancien directeur central du renseignement intérieur Patrick Calvar, « pour ce qui est des contractuels, parce que nous sommes soumis aux règles de la police nationale, nous ne pouvons, à la différence de la DGSE, recruter qui nous voudrions faute de pouvoir verser les salaires attendus »[4]. Quoi qu’il en soit, c’est surtout par la voie contractuelle que les ingénieurs et informaticiens seront recrutés.

Qu’en est-il pour la Direction générale de la sécurité extérieure (DGSE)?

La DGSE comprend trois quarts de civils pour un quart de militaires. Les fonctionnaires civils peuvent intégrer la DGSE par la voie du détachement[5], ou du concours de catégorie A, B et C. Les fonctionnaires de catégorie B de la Direction générale de la sécurité extérieure se répartissent entre les secrétaires administratifs spécialisés et les contrôleurs spécialisés : sont ainsi possibles avec les concours de secrétaire administratif spécialisé, et le concours de contrôleur spécialisé.

Les fonctionnaires de catégorie A correspondant aux fonctions d’encadrement sont représentés par le corps des attachés et le corps des inspecteurs. Les attachés[6]« sont chargés des fonctions de conception, d’expertise, de gestion et de pilotage d’unités administratives spécialisées »[7]. Ce concours est prisé car « en 2012, 398 candidats étaient inscrits au concours externe d’attaché pour 15 places disponibles »[8]. Les inspecteurs[9] quant à eux « sont chargés dans le domaine technique de fonction d’études et de recherche, de conception, d’expertise, d’organisation et de commandement de structures dont les attributions relèvent de ce domaine »[10]. Ce concours modifié en juin 2017[11] a pour but de cibler les candidats qui devront choisir une spécialité au concours : géopolitique ; administration générale ; langues ; sciences et technologies. C’est par la filière sciences et technologies que le renseignement extérieur recherche des profils spécialisés tout d’abord en informatique, mais aussi « chimie, biologie, sciences pour l’ingénieur, génie civil, génie climatique, génie électrotechnique »[12].

Enfin, il est aussi possible d’intégrer la DGSE en tant que contractuel, dans les domaines spécialisés de l’ingénierie, des langues étrangères, de l’exploitation du renseignement ou encore du soutien[13]. La particularité de cette Direction eu égard aux contractuels réside dans le fait que, s’ils sont forcément recrutés à titre temporaire pour trois ans, avec un contrat renouvelable pour une durée de six ans, il leur est possible d’obtenir à la fin du contrat à durée déterminée un contrat à durée indéterminée[14]. Aujourd’hui, ce service compte déjà 23% de contractuels[15].

Toujours secrète, mais plus ouverte sur la société, ce service de renseignement dispose d’ailleurs d’un chargé de communication, afin de faire la publicité sur le service mais aussi les concours possibles, toujours à la recherche de spécialistes, notamment dans le domaine informatique. Des structures universitaires préparent d’ailleurs ce concours en particulier, comme par exemple à l’IPAG de Paris.

Une recherche d’agents spécialisés dans l’informatique pour la Direction du renseignement militaire (DRM)

Les agents composant la Direction du renseignement militaire (DRM) sont des militaires de tous grades, du militaire du rang à l’officier supérieur, mais cette Direction recrute « également des civils de catégorie A, B ou C, qu’ils soient fonctionnaires ou contractuels »[16].

Les recherches actuelles de cette Direction en matière de recrutement concernent d’ailleurs essentiellement des spécialistes du renseignement image, du renseignement électromagnétique et des traitants/exploitants[17].

Ainsi, loin du romantisme du recrutement proposé par les films, l’accès aux services de renseignement suppose une préparation préalable pour passer les concours de la fonction publique. Elle suppose sinon une compétence particulière et approfondie dans le domaine scientifique : analyste, enquêteur, ingénieur, linguiste ou militaire, tous les profils sont recherchés pour mener à bien les missions de renseignement en vue de concourir à la stratégie de sécurité nationale.

[1]« La politique publique de renseignement concourt à la stratégie de sécurité nationale ainsi qu'à la défense et à la promotion des intérêts fondamentaux de la Nation. Elle relève de la compétence exclusive de l'État. », CSI, art. L. 811-1.
[2]
L. n°2013-1168 du 18 décembre 2013 relative à la programmation militaire pour les années 2014 à 2019 et portant diverses dispositions concernant la défense et la sécurité nationale, JORF, n°294, 19 décembre 2013, p. 20 570, texte n°1, Rapport annexé, 2.3.1.
[3]DOMINATI (P.), Rapport d’information sur les moyens consacrés au renseignement au sein des programmes « Police nationale » et « Gendarmerie nationale », Commission des finances, Sénat, n°36, 7 octobre 2015, p. 45.
[4]Audition de Patrick CALVAR, directeur central du renseignement intérieur (DCRI), Commission de la Défense nationale et des forces armées, compte rendu n°59, Assemblée nationale, 26 février 2013, p. 4.
[5]D. n°85-986 du 16 septembre 1985 relatif au régime particulier de certaines positions des fonctionnaires de l’Etat et à certaines modalités de cessation définitive de fonctions, JORF, 20 septembre 1985, p. 10 813, art. 14 à 34.
[6]Arr. du 27 juin 2017 autorisant au titre de l’année 2017 l’ouverture d’un concours interne et d’un concours externe pour l’accès au corps des attachés de la Direction générale de la sécurité extérieure, JORF, n°151, 29 juin 2017, texte n°20.
[7]http://www.defense.gouv.fr/dgse/tout-le-site/categorie-a
[8].
[9]Arr. du 11 octobre 2010 fixant les règles d’organisation générale et la nature des épreuves du recrutement sur titres et sur épreuves de sélection, du concours interne et du concours spécifique à l’emploi d’inspecteur de la Direction générale de la sécurité extérieure, JORF, 28 octobre 2010, texte n°27.
[10] http://www.defense.gouv.fr/dgse/tout-le-site/categorie-a
[11]
Arr. du 6 juin 2017 fixant les règles d’organisation générale, la nature et le programme des épreuves des concours externe, interne et du troisième concours pour l’accès au corps des attachés de la Direction générale de la sécurité extérieure, JORF, n°135, 10 juin 2017, texte n°3.
[12]Ibid., art. 3 3°.
[13]http://www.defense.gouv.fr/dgse/tout-le-site/le-recrutement-contractuel
[14]Ibid.
[15]DOMINATI (P.), op. cit., 7 octobre 2015, p. 45.
[16]http://www.defense.gouv.fr/ema/interarmees/la-direction-du-renseignement-militaire/servir-a-la-drm, consulté le 5 septembre 2009.
[17]Ibid.

 

Par
Alexis Deprau

Alexis Deprau

Elève avocat et Docteur en droit

Ecole de formation du barreau (EFB)