Sur la plage abandonnée : déconnexion et crustacés

Le 9 octobre 2019

Ça y est, c’est déjà la rentrée. Je me suis donc dit : quelle meilleure période pour continuer à parler de l’été ? Alors j’insiste, je dis bien « l’été » et non pas « les vacances ». Oui, parce qu’avant, quand on me parlait de l’été, je pensais plage, soleil, chouchous, beignets et c’est tout. Mais aujourd’hui, je sais que ma mère avait raison quand elle me disait : « Profite d’être étudiant, tu verras les vacances quand tu travailleras… » Fini l’été réductible aux vacances. Maintenant, l’été c’est du travail et des vacances. Et donc, qu’est-ce que ça change ?

 

Ça change que, cet été, j’ai dû me poser la question : peut-on porter un short au bureau ? Réflexe de juriste, j’ai d’abord cherché à savoir si j’en avais formellement le droit. Il s’avère que dans le Code du travail, rien ne l’interdit. Pour autant, est-ce tout à fait autorisé ? La réponse est plus subtile et le droit y répond de manière amusante. En effet, on se souvient de l’épisode de l’été 2017 où des conducteurs de bus, à qui la direction avait interdit de venir travailler en short, étaient venus en jupe1. En effet, si la Cour de cassation a pu valider des licenciements pour cause de short (car dans certains cas cette tenue « nuirait à l’image de l’entreprise »), la cour d’appel de Grenoble a statué en faveur des conducteurs de bus en jupe en décidant ainsi qu’un homme portant des vêtements de femme ne constitue pas une faute grave et ne peut pas être un motif de licenciement. Étonnantes prises de position. Et puis j’ai essayé de voir plus large. Les codes, non plus légaux mais sociaux, en entreprise sont très présents et si les hommes pleurent la dictature du pantalon en été sous 35°C, les femmes, elles, font face à la problématique des chaussures à talons toute l’année. La polémique a pris une telle ampleur qu’au Japon, un « Front de libération du pied » a vu le jour au printemps 2019. En France aussi, bien qu’aujourd’hui, à l’heure du casual friday, les règles se soient souvent assouplies pour beaucoup de travailleuses, certaines femmes dénoncent encore cette obligation sociale.

 

Toujours pour parler du travail et des vacances, on commence à avoir un peu de recul sur les pratiques en la matière pour se poser une question assez tendance : où en est-on avec le droit à la déconnexion ?

A lire aussi