Transformer les territoires en libérant la parole des habitants

Cachan
7ème rencontre avec les habitants de Cachan, au groupe scolaire du Coteau
Le 12 décembre 2018

L’agence Grand Public intervient auprès de sociétés privées ou de collectivités pour aider les dirigeants à connaître les attentes de leurs administrés. Sa marque de fabrique : organiser la participation de milliers de citoyens ou de salariés aux décisions qui les concernent et enrichir les projets stratégiques dans les territoires, les entreprises et les institutions publiques ou privées. Avec une méthode bien définie depuis près de 30 ans, Grand Public s’attache à renouer un lien parfois perdu, comme l'a montré le mouvement des Gilets jaunes. Reportage à Cachan lors de l’une de leurs missions pour associer les habitants aux transformations de la ville.

Il est 20h30, on est lundi soir et les derniers arrivés peinent à trouver une place assise dans cette petite salle située dans un quartier populaire de Cachan. C’est l’agence Grand Public qui les a réunis. 70 personnes étaient attendues, ils sont 150 à s’être déplacés pour parler de leur ville lors de cette réunion intitulée Parlons ensemble de Cachan.

Ce soir, ces Cachanais réagissent à une vidéo que l’agence Grand Public vient de diffuser. Une vidéo de 20 minutes, bien rythmée qui montre des Cachanais et Cachanaises interviewés sur ce qu’ils pensent de leur ville. Une approche originale qui permet de lancer le débat d’une manière apaisée.

« Après avoir réalisé une enquête audiovisuelle qualitative auprès de 66 habitants, 8 rencontres ont été organisées dans toute la ville », explique Frédéric Gilli, l’un des deux directeurs de l’agence. « La spécificité de notre travail est de créer les conditions pour libérer la parole des habitants et avoir des échanges constructifs sur la ville et son avenir. Nous accompagnons la ville à un travail de mobilisation des habitants. »

Impliquer les citoyens dans leur ville

Pour la maire de Cachan, Hélène de Comarmond, c’est important de pouvoir connaître les aspirations de ses habitants, notamment ceux qui n’ont pas l’habitude de s’exprimer : « c’est la première fois à Cachan qu’il y a une telle démarche. L’objectif est de porter de nouveaux projets et de faire ressortir les thématiques les plus fortes qui intéressent et préoccupent les habitants. On veut être sûrs de ne pas se tromper et une agence externe est mieux placée pour y arriver. »

Ce soir, on retrouve aussi bien des adolescents que des adultes. Fahima, 16 ans, voudrait plus de commerces et de lieux de divertissements pour les jeunes. « Les gens se plaignent des jeunes qui trainent dans la rue, mais on a nulle part où aller pour se retrouver ou faire la fête », dit-elle timidement. Une autre personne prend à son tour le micro et déplore l’urbanisation « à outrance » de la ville. « On coupe les jardins en deux, tout se bétonne et nous n’avons plus trop de verdure » explique ce Cachanais. D’un point de vue positif, plusieurs se lèvent également pour dire à quel point ils aiment leur ville, certains appellent leur quartier « le village ». Et d’autres louent « la mixité et la diversité sereine de Cachan ».

Parfois les gens sont trop occupés, timides ou tout simplement ne se sentent pas impliqués ou légitimes d’exprimer leur avis sur la villes. Grand Public s’évertue à aller les chercher.

« L’équipe de Grand Public est allée à la rencontre de plusieurs milliers d’habitants en s’appuyant sur les réseaux associatifs et toutes les bonnes volontés. Au-delà de juste donner des informations au sujet de la démarche, chaque mobilisateur interroge chaque personne rencontrée pour connaître les sujets qu’elle souhaite aborder au sujet de Cachan aujourd’hui et demain », raconte Frédéric Gilli.

« Recréer le sens de l’intérêt général »

Et la mission de l’agence n’est pas finie. Car pour approfondir les enjeux, des ateliers de travail thématiques sont organisés dans les prochaines semaines pour les habitants qui veulent aller plus loin. « Ils permettront aux participants de formuler, d’élaborer des propositions que les services et les élus vont étudier attentivement », explique Frédéric Gilli. Enfin, une soirée de restitution sera organisée et « charge à la Maire et aux élus de présenter les enseignements qu’ils en ont tiré et de poser les grandes orientations pour l’avenir. »

Frédéric Gilli : « redonner du pouvoir à notre démocratie»

Frédéric Gilli
Frédéric Gilli

Directeur associé de l'agence Grand Public, Frédéric Gilli défend une démarche de co-construction avec les habitants.

Quel est l’objectif de votre agence Grand Public ?

« Notre objectif est de redonner du pouvoir à notre démocratie. Notre méthode permet d’aider les dirigeants à prendre des décisions plus éclairées. Nous créons les conditions pour que ces décisions soient appliquées en partant du principe que l’implication de la décision est la volonté de s’engager. Si l’on s’en donne les moyens, tout le monde à son mot à dire. Si le grand public ne vote pas, c’est qu’il y a un problème sur les conditions. »

Quels sont les grands principes pour arriver à redonner confiance aux administrés ou aux employés ?

« Quand on touche une grande quantité de gens, il y a une dynamique, il se passe quelque chose, c’est complètement différent d’un Conseil de quartier. Le contenu des discussions est différent, les enjeux et les gens sont différents. Les gens s’impliquent. Nous apportons et suscitons une co-construction, des réponses pour associer toutes les parties prenantes aux questions et aux réponses. »

Quelles sont les différentes approches entre votre travail auprès de collectivités ou d’entreprises privées ?

Il y a une vraie différence. Pour les institutions, la question de la participation citoyenne est présente depuis longtemps mais elle a mûri mais elle doivent évoluer car les gens n’ont plus confiance. Dans les entreprises, il y a toujours une très importante main-mise des services de communication ou de management mais certains dirigeants comprennent que l’entreprise peut être libérée en faisant en sorte que les salariés retrouvent un sens à leur travail.