Lutte contre le gaspillage alimentaire : invendus pas perdus, un dispositif qui fait ses preuves

Le 10 juillet 2021

Le dispositif Invendus pas perdus a été mis en place dans la commune belge de Schaerbeek il y a trois ans. Celle-ci s’est engagée dans un rôle de plateforme de redistribution alimentaire. Le résultat est satisfaisant, surtout dans le contexte sanitaire actuel. 2 500 bénéficiaires ont accès à un large choix de produits. Le dispositif est prolongé pour cinq ans. Benoît Blondel, conseiller en environnement à la commune de Schaerbeek, nous détaille la démarche.

Quelle est l’origine du dispositif Invendus pas perdus ?

Nous avions répondu à un appel à projet lancé l’agence régionale bruxelloise à l’environnement. Il était orienté vers la lutte contre le gaspillage alimentaire. Quelques semaines plus tard, un second appel à projet a été lancé. Il était plus axé sur la lutte contre l’exclusion sociale et la précarité. Il permettait de collecter des sommes plus considérables. Nous avons postulé pour amplifier le premier. Aujourd’hui, avec la crise sanitaire il fonctionne encore mieux car la précarité touche plus de personnes.

Une fois les financements validés, quelle a été votre première étape ?

Nous avons fait un état des lieux assez important en rencontrant les restaurants sociaux, les épiceries sociales et les associations qui distribuent des colis alimentaires. Nous nous sommes aperçus qu’ils étaient en demande d’un soutien logistique. La plupart de ces structures et associations reposent sur le bénévolat. Notre soutien leur a permis de se recentrer sur les activités d’accueils de leur public, plutôt que sur la collecte des invendus, pour laquelle ils n’étaient pas bien équipé.

Ensuite, vous avez dû nouer des partenariats avec les grandes surfaces alimentaires ?

Oui, il fallait s’assurer que nous puissions collecter ces vivres. Nous avons donc rencontré les gérants des grandes surfaces. Depuis 2015, les dons alimentaires bénéficient de l’exemption de la TVA. Nous leur avons expliqué cela. Ces commerces sont des entreprises donc il faut leur offrir de vraies solutions : être fiable, régulier, passer 5 jours sur 7 et pas juste quand cela nous arrange, et prendre ce qu’ils veulent voir partir et pas juste ce que nous désirons. Nous nous y sommes engagés.

D’où provient votre matériel ? Et qui sont les employés qui s’occupe du dispositif ?

La commune a accepté de nous dédier un véhicule de sa flotte. Les subsides ont permis d’embaucher une personne que le centre public d’action sociale nous a détaché. Au bout de deux ans, il ne pouvait plus l’embaucher légalement pour cette mission. Donc nous avons fait passer sa rémunération chez nous. Le projet repose en grande partie sur ses épaules. Mais il fallait une personne en plus. Nous avons donc passé une convention avec une épicerie sociale pour qu’elle, à son tour, détache un travailleur à mi-temps. Ils sont toujours deux. Lorsqu’un des deux prend congé, nous trouvons un remplaçant.

Comment fonctionne la redistribution ?

Le matin, ils procèdent à la collecte dans les grandes surfaces de la commune. La tournée est préétablie en base hebdomadaire. Elle change en fonction des associations à livrer. Il y en a une bonne douzaine. Les tournées des grandes surfaces alimentaires et des associations sont élaborées pour parcourir le moins de kilomètre possible. Puis, ils font la redistribution. Nous n’avons pas de local, donc nous sommes à flux tendu, tout se passe dans la camionnette. Notre logisticien réfléchi tout en collectant à qui il va redistribuer. Ensuite, la redistribution est faite auprès des différentes associations du jour. En cas de trop plein de récolte, certaines peuvent prendre plus de volume car elles ont de la capacité de stockage.

Ce sont ensuite les associations qui redistribuent aux bénéficiaires ?

Oui, nos bénéficiaires ne sont pas les bénéficiaires finaux, ce sont les associations. Pour la réglementation, nous sommes considérés comme une plateforme de redistribution.

Quel genre de produits récupérez-vous ?

97 % de ce que nous récoltons est frais : des légumes, des fruits, du pain, de la charcuterie et des produits laitiers. Les légumes et les fruits représente 80 % des produits. Je pense que c’est particulièrement apprécié par les associations. C’est ce que les bénéficiaires finaux sont contents de trouver.

Quels sont les coûts pour ce projet ?

Sur les trois premières années, nous avons eu environ 50 000 € par an. Ils ont essentiellement permis de financer notre logisticien. Nous avons aussi acheté un peu d’équipement et organisé des ateliers de cuisine.

Quelles quantités de produits redistribuez-vous ? Et à combien de bénéficiaires cela profite ?

Actuellement, nous sommes à plus d’une tonne par semaine. La camionnette est pleine quasiment tous les jours et nous sommes à notre capacité maximale. Et au total, nous arrivons à toucher 2 500 personnes.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un·e élu·e français·e qui souhaiterait mettre un dispositif similaire en place dans sa commune ?

Il faut trouver le bon dimensionnement. Par exemple, si on n’a pas une commune avec la taille requise pour occuper une camionnette et deux personnes, il faut travailler à une autre échelle. Il faut une certaine taille de population et de besoin pour arriver à l’optimum de l’utilisation des ressources.

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