Grenoble : réinventer sans cesse la participation citoyenne

Le 5 mars 2019

Fortes d’une tradition d’implication et d’effervescence citoyennes, la ville de Grenoble et Grenoble-Alpes-Métropole poursuivent cette dynamique en permettant à tous les citoyens de prendre part à la transformation de leur territoire, au travers de nouveaux outils au service de la participation citoyenne. C’est pour cette raison que la ville et la métropole accueillent en 2019 les Rencontres nationales de la participation citoyenne.

Grenoble-Alpes-Métropole : coup de projecteur sur les outils innovants

Territoire d’implications citoyennes fortes, la métropole grenobloise s’est dotée d’une délibération cadre en 2015 qui pose les bases de sa politique et de ses outils, au profit d’une participation citoyenne renforcée. L’association des habitants à la conception, la mise en œuvre ou encore l’évaluation des politiques publiques est devenue aujourd’hui un réflexe des élus et techniciens métropolitains. Et les domaines concernés sont de plus en plus variés, avec l’élargissement de ses compétences.

Une plateforme numérique participative

Premier outil pour renouveler les formats et élargir la participation : une plateforme numérique participative (participation. lametro.fr). Ce site réunit l’ensemble des démarches participatives et les documente : dossiers d’information et de concertation, agenda, appels à projets, etc. Cette plateforme offre la possibilité de s’exprimer, contribuer et voter directement en ligne et permet à des personnes qui ne souhaitent pas, ou ne peuvent pas, se déplacer de participer. Devoir de suites oblige, un bilan de ces apports citoyens est systématiquement dressé, diffusé et/ou présenté aux contributeurs et, surtout, alimente la politique publique mise en discussion. Si chaque contribution ne peut être intégrée dans la décision finale, cette dernière se nourrit, s’enrichit des remarques formulées.

S’approprier l’espace public autrement

Cette participation en format numérique – qui est aussi une « marque » de notre territoire avec ses très nombreuses start-up dans le domaine – n’aurait pas de sens sans une présence renforcée sur le terrain. On le sait, les réunions publiques classiques attirent souvent des personnes déjà impliquées et ne permettent pas toujours l’expression d’une diversité d’opinions. La métropole complète donc ces séances par des rencontres plus informelles en allant à la rencontre des citoyens directement dans leur quotidien, par le biais notamment d’installations temporaires : expositions sur l’espace public, triporteur à l’arrêt d’un tramway permettant de discuter, d’échanger, de proposer aux passants de déposer une proposition, etc., sont autant de démarches simples et efficaces en termes de recueil de paroles.

L’évolution de l’espace public est l’occasion de travailler autrement avec les habitants. La métropole grenobloise expérimente la co-conception et même la co-construction de mobiliers et marquages éphémères permettant de tester de nouvelles pratiques, ou installations, auprès des usagers. C’est le cas, par exemple, à la Villeneuve, quartier populaire où a été testée l’appropriation des aménagements avant leur réalisation définitive, enrichie par l’observation des usages.

Vers les nouveaux horizons de la participation

Par Éric Piolle, maire de Grenoble

Oxygéner la démocratie locale, c’est accepter de transformer en profondeur nos façons de faire. La démarche relève rarement de l’évidence pour des élus locaux ou nationaux. C’est pourtant le pari que nous avons fait ici, à Grenoble : explorer de nouveaux chemins, faire bouger les lignes, donner la possibilité aux habitants d’être à l’initiative de projets, pour que chacun et chacune trouve sa place et puisse contribuer à l’histoire de notre ville.

Une démocratie ouverte et généreuse, c’est une démocratie accessible à toutes et tous, y compris les plus jeunes, les résidents étrangers, les personnes éloignées de la décision publique, etc. Notre expérience le montre : les espaces et les outils de dialogue, de construction et de débat rendent la démocratie plus belle et vivante. Chaque citoyenne, chaque citoyen doit pouvoir s’en saisir selon ses besoins, ses envies, ses possibilités.

Notre expérience grenobloise s’ancre dans une histoire démocratique ancienne et toujours vivante. Elle continue à se construire sur notre terreau local riche de ses forces associatives et militantes. Nous sommes heureux de partager au quotidien avec les Grenoblois le goût de la participation, l’envie de faire ensemble. Nous devons nous appuyer sur nos expériences tout en nous laissant la liberté d’imaginer, d’inventer des possibles.

Nous souhaitons avancer en confiance vers les nouveaux horizons de la participation. Notre défi pour les années à venir est de continuer à développer ces nouvelles pratiques démocratiques.

Dix panels de citoyens tirés au sort : 400 habitants mobilisés

Sur des questions sociétales, engageantes pour l’institution et les citoyens, des panels de métropolitains tirés au sort sont réunis selon un processus leur permettant de s’approprier les enjeux, puis d’aller chercher des expertises complémentaires et, enfin, de rédiger et délibérer un avis. Les questions abordées sont variées, abordant des thèmes tels que la politique énergétique, le plan de déplacement urbain ou encore le plan air énergie climat. Ces panels permettent d’aborder des questions à la fois stratégiques et pratiques comme l’accompagnement au changement de comportements. Un cas particulièrement éclairant a été le panel citoyen dédié au projet métropolitain (vision du territoire en 2030) composé exclusivement de jeunes, mobilisés trois journées entières. Mobilisation intense mais relativement courte : les membres d’un panel s’engagent à écouter, partager, rédiger et présenter, devant les élus, leur avis.

Une heure, quelques jours, toute une vie, etc., la question de l’engagement et de sa durée est aujourd’hui complexe dans une société qui valorise l’instantané. Parfois, le membre d’un panel citoyen souhaite aller plus loin et rejoint une instance pérenne comme le conseil de développement.

Faire émerger et valoriser l’engagement citoyen

Le conseil de développement est composé de 120 citoyens : ces jeunes métropolitains, habitants, membres d’associations, d’entreprises ou d’institutions partenaires, constituent un collège d’interlocuteurs de la « société civile » pour la métropole. Cette instance est consultée sur les grands projets métropolitains et peut aussi s’autosaisir de sujets stratégiques pour organiser des débats comme dernièrement à propos de l’élection au suffrage universel direct de l’assemblée métropolitaine.

À ses côtés, d’autres métropolitains s’engagent dans la commission consultative des services publics locaux, qui émet des avis obligatoires sur les délégations de services publics, ou dans les comités d’usagers (eau, assainissement, etc.), travaillant en étroite collaboration avec les services concernés pour faire progresser la qualité des services publics.

La métropole offre aussi un soutien à des projets contribuant à faire vivre une métropole solidaire, démocratique et respectueuse de son environnement au travers d’un fonds de participation métropolitain, auquel tous les habitants peuvent soumettre leurs projets.

Enfin, la métropole grenobloise anime un réseau territorial de la participation visant à mettre en lien des élus et techniciens de toutes les communes pour favoriser les échanges de pratiques.

C’est à la fois en valorisant les engagements durables et ponctuels, en favorisant, par des projets concrets, l’engagement de nouveaux citoyens, tout en s’appuyant sur l’énergie de ceux qui investissent le champ de la participation, que la métropole progresse dans ses démarches. Aller plus loin, être vigilant sur la traçabilité des expressions et leur prise en compte dans les projets et politiques, ouvrir des espaces d’expressions et d’interpellation, et s’employer à co-construire au quotidien, etc., les possibilités sont nombreuses pour favoriser la citoyenneté active sur le territoire métropolitain et c’est bien sur ce chemin que la métropole s’engage avec ses habitants.

Christophe Ferrari
« Le territoire métropolitain grenoblois a été pionnier en matière de participation citoyenne »

Trois questions à Christophe Ferrari, président de Grenoble-Alpes-Métropole.

Vous accueillez cette année les Rencontres nationales de la participation, pouvez-vous nous expliquer pourquoi ?

Le territoire métropolitain grenoblois a été pionnier en matière de participation citoyenne. La métropole et ses quarante-neuf communes développent des démarches innovantes, qu’il faut sans cesse réinventer, pour s’assurer de la participation du plus grand nombre possible de citoyens à l’élaboration de nos politiques publiques locales. Échanger avec les autres métropoles est l’un des moyens d’enrichir nos pratiques. C’est ce que nous avons fait en organisant en 2017 les premières rencontres réunissant nos homologues sur la participation citoyenne, et cette année, avec les Rencontres nationales de la participation, ce sont 700 personnes de différents pays, de différentes institutions, collectivités et entreprises qui vont échanger sur l’impératif d’associer les citoyens et les usagers. C’est en tout cas ce message que nous souhaitons passer ! Nous invitons aussi les citoyens engagés dans des instances participatives à venir participer à ces rencontres, nous proposer leur lecture, qui sera j’en suis sûr, critique et enrichissante !

Quels sont les grands projets actuels pour lesquels vous faites appel à l’expression citoyenne ?

Nous finalisons une très vaste démarche de concertation pour l’élaboration de notre premier plan local d’urbanisme intercommunal (PLUi). Ce document crucial pour notre territoire aura été enrichi par trente-cinq réunions, trente-cinq interventions sur l’espace public, cinq conférences débats, deux panels de citoyens tirés au sort ou encore deux saisines du conseil de développement. Une exposition itinérante est aujourd’hui en cours pour continuer à partager les objectifs et le cadre de développement que nous nous sommes fixés collectivement.

D’autres exemples sont les démarches de concertation autour du futur centre de sciences ou encore du grand projet urbain de la centralité sud avec une attention toute particulière pour le point de vue des jeunes métropolitains qui nous est essentiel. Et nous débutons actuellement une concertation sur la révision du Plan air énergie climat avec une forte ambition, encouragée par des citoyens engagés et volontaires, car nous vivons dans un territoire sur lequel et autour duquel les effets du dérèglement climatique sont particulièrement visibles et inquiétants.

C’est pour cela que vous organisez un débat intitulé « La démocratie et la justice sociale, au secours du climat ? » le 11 mars 2019, au soir ?

Oui, nous avons souhaité lier pour cette soirée-débat les thèmes de la démocratie, de la justice sociale et de la protection de notre environnement, et invitons l’ensemble des participants et, plus largement, tous les métropolitains à venir échanger sur des enjeux au cœur de notre projet métropolitain.