La métropole rouennaise veut rendre les mobilités plus intelligentes

Deux bus électriques
Deux bus électriques ont intégré la flotte des transports en commun de la métropole rouennaise.
©Alan Aubry – Rouen Normandie
Le 7 décembre 2018

Et si tous les autres modes de transport (vélo, bus, tramway, etc.) étaient suffisamment séduisants pour vous faire lâcher cette voiture à laquelle vous êtes si attachée ? La métropole Rouen Normandie y travaille, notamment au sein du laboratoire Territoire et mobilité dont Aurélien Cagnard est le responsable.

Aurélien Cagnard

Quelles sont les caractéristiques de votre territoire métropolitain ?

Le territoire métropolitain rouennais s’étend sur 71 communes, soit 660 km². Il compte des communes à taille très variable, urbaines et rurales. L’essentiel des emplois se situe sur Rouen, ce qui implique des déplacements qui se chiffrent, chaque jour, autour de 1,7 millions. Notre champ de réflexion dépasse les limites administratives de la métropole, le bassin de vie rouennais comptant précisément 323 communes à l’intérieur duquel sont recensés quotidiennement 2,4 millions de déplacements. L’objectif est de faire face aux besoins de mobilité, qui resteront les mêmes, tout en limitant le recours à la voiture.

Comment faire ?

Un des axes de développement est le covoiturage, avec la mise en place de plateformes d’intermédiation visant à faire rencontrer plus facilement les covoitureurs. Autre piste, le développement d’une intermodalité d’un nouveau genre. À l’analyse et avec un peu de recul, on sait que les dispositifs intermodaux n’ont pas complètement répondu aux attentes. Quand ils ont été pensés, les outils numériques n’étaient pas aussi développés. Aujourd’hui, on peut rendre interopérables tous les réseaux. Les portails numériques ne s’adressaient qu’aux utilisateurs de transports en commun, on peut désormais aller au-delà, notamment en informant directement l’automobiliste de la réalité du trafic, bien entendu, mais aussi en l’invitant à entrer dans le jeu du covoiturage.  

Vous souhaitez renforcer la notion de Mobility as a service, MaaS. Comment ?

L’objectif est d’aller au-delà de la voiture que l’on gare sur un parking pour monter dans un train.

À chaque étape, celui qui fait le pari d’une mobilité différente doit pouvoir trouver le moyen de se déplacer sans obstacle. C’est pour cette raison que nous réfléchissons à un ticket unique, sans couture, où, de la voiture au vélo en passant par la trottinette, l’usager pourrait fluidifier son déplacement sans obstacle.

Cette approche porte un nom, MaaS, pour Mobility as a Service, elle a été inventée en Finlande. L’objectif sera de disposer, via une application unique, un service de mobilité complet d’un point A à un point B, incluant plusieurs types de transports. Et pourquoi, d’ailleurs, ne pas aller jusqu’au taxi !

Le grand défi à relever n’est-il pas ailleurs, dans ces territoires ruraux ou périurbains où l’agilité numérique n’est pas aussi partagée que dans les grands centres urbains ?

Oui… Nous allons lancer des études qualitatives en demandant pourquoi certains de nos concitoyens ne prennent pas les transports en commun alors qu’un arrêt de bus est installé en face de chez eux.

Il faudra certainement aussi inventer des méthodes de coaching environnemental, pour essayer de concerner un maximum de personnes, en les sensibilisant aux nouveaux modes de déplacement et notamment en insistant sur les économies qu’ils peuvent générer. Cela tombe bien puisque la vraie colère sociale des Français tourne autour du pouvoir d’achat.

L’autre révolution, c’est le principe de la voiture partagée…

La voiture tout autonome, sur laquelle l’intervention humaine disparaîtra progressivement, ce n’est pas encore pour demain. Mais cette autonomie ne tardera pas à déboucher de plus en plus sur la notion de partage. La voiture pourra se garer seul, être utilisée par un autre, proposer un service de robot-taxi (récupérer plusieurs personnes sur un même trajet). C’est ce qui se passe sur le territoire de la métropole Rouen-Normandie avec Autonomus Lab, premier service de mobilité à la demande avec véhicules autonomes électriques sur route ouverte au public en Europe, proposé aux personnes qui travaillent sur le technopôle du Madrillet. Ce sont des Zoé (Ndlr, Renault) qui proposent des boucles aux salariés et visiteurs qui se déplacent sur le technopôle. Pour l’heure, est encore maintenu à bord un opérateur humain. Mais la possibilité technologique d’un contrôle à distance est désormais possible.

Rouen en accord avec le climat

Alors que l’accord de Paris pour le climat, signé en 2015, cherche son second souffle, les territoires entendent apporter leur pierre à l’édifice. Certains d’entre eux se distinguent par leur volontarisme. C’est le cas de la métropole Rouen Normandie qui vient de signer l’accord de Rouen en forme de clin d’œil à celui de Paris, paraphé en 2015.

Président de la métropole Rouen-Normandie, Frédéric Sanchez considère que la « transition écologique est l’affaire de tous. Même si, sur notre territoire métropolitain, nous ne pouvons agir que sur 15 % des émissions de gaz à effet de serre. L’enjeu est donc de mobiliser de l’ensemble des acteurs, les entreprises, les collectivités, les citoyens… Des nombreux débats que nous avons menés, 6 000 initiatives ont été recensées. Cette mutation énergétique se manifestera de différentes manières. Nous lancerons une rénovation massive des bâtiments, 200 000 logements d’ici 2050. Nous mettrons l’accent sur les énergies renouvelables et de récupération, sur la réduction drastique des émissions de polluants atmosphériques, sur la préservation de qualité de l’eau, en cherchant de nouvelles ressources, etc. Nous sommes au début d’un processus qui ne s’arrêtera pas. Et j’espère que notre démarche sera copiée à l’échelle d’autres métropoles ».

La Poste, en tout cas, jouera le jeu. Elle se distingue par le fait qu’elle est l'entreprise qui a la plus importante flotte de véhicules électriques en France avec déjà les deuxièmes générations de ces voitures qui arrivent dans les centres de tri. Elle entend partager cette expérience avec d’autres entreprises de la métropole. La mobilité du dernier kilomètre en ville a aussi mobilisé la réflexion des acteurs de cet accord de Rouen. La Poste travaille pour 2019 à la création d'espace de mutualisation en entrée de ville et dans le centre pour recevoir les colis et les livraisons de marchandises avant de les redistribuer en transport doux dans la ville. La métropole de Rouen a d’ailleurs récemment intégré deux bus électriques à sa flotte de transports en commun.

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