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Michel Laforcade : «Agir en proximité avec des services inédits»

Le 24 mai 2019

Pour Michel Laforcade, directeur général de l’Agence régionale de santé de Nouvelle-Aquitaine, la proximité sera au cœur du système de santé de demain, avec une accélération de la personnalisation et des services à domicile, un développement de la télémédecine et une meilleure coordination des acteurs de santé sur le terrain.

Quelle est votre vision sur les enjeux de la santé dans les territoires et donc des services de santé nécessaires pour répondre à ces enjeux ?

La grande question, ce sera l’accessibilité de tous à un système de santé de qualité. La proximité est intéressante si elle est couplée à la qualité. Nous avons à cœur de ne pas laisser se développer une fracture entre zone rurale et zone urbaine.

L’offre de soin s’oriente vers le domicile, c’est-à-dire qu’elle a la capacité de se tourner vers la population là où elle vit. L’hôpital de demain sera inclusif, avec beaucoup moins d’hébergement, de superbes plateaux techniques, mais complètement dirigé vers le territoire, par des services tournés vers le domicile, tournés vers les établissements d'hébergement pour personnes âgées dépendantes (EHPAD). Toute une partie de l’activité de l’hôpital, sera pointée vers les territoires et la proximité. Concrètement, ce seront notamment des dispositifs d’hospitalisations à domicile qui seront amplifiés, mais aussi davantage de services apportés par les EHPAD, par des médecins. Ces derniers pourraient avoir la bi-appartenance entre centre de santé et hôpital, entre maison de santé pluridisciplinaire et hôpital.

L’EHPAD de demain, je voudrais qu’il soit un centre de ressource, apportant services et expertises à l’ensemble de la population qui se trouve aux alentours. Par exemple, le baluchonnage à la québécoise, qui permet à une aide-soignante de s’installer deux jours au domicile de la personne dépendante, remplacée par une autre qui fera deux jours de plus, ou des plateformes d’accueil de jours et d’hébergements temporaires pour apporter du répit aux aidants et permettre aux familles de souffler. Un EHPAD centre de ressource et d’expertise, c’est un lieu qui propose des groupes de paroles pour les aidants, un lieu où l’on propose de l’activité physique adaptée. Il saura faire de la prévention du vieillissement en mauvaise santé, du maintien en autonomie. Il sera tourné vers le domicile pour gagner le combat de la proximité.

Il faut aller encore plus loin, au plus près des territoires et de la ruralité. Pour cela, il faudra que les institutions elles-mêmes se projettent, en particulier, l’hôpital, pas seulement l’EHPAD, en offrant des prestations qui n’existent pas encore.

Pour respecter cette proximité, toutes les institutions et acteurs de santé devront se vivre comme le maillon d’une prise en charge de parcours, pour suivre les maladies chroniques, mais pas seulement, c’est une façon de se mettre au service du territoire. L’hôpital devra parler à toutes les personnes atteintes de diabètes et de maladies cardiaques.

Comment pensez-vous concrétiser la coordination des acteurs de santé ?

On est en train d’inventer les plateformes territoriales d’appui (PTA) qui font leur preuve, même s’il faut encore les évaluer. On n’aura pas les moyens de suivre par type de pathologie, en silo, mais on doit savoir tirer plus précisément parti de ce que nous avons appris de la coordination au travers des PTA. C’est une méthode de savoir-faire utile dans toutes les pathologies. Pour coordonner, il faudra installer un numéro unique pour les professionnels et les aidants et proposer une orientation pour les familles, les malades, et les professionnels. Les PTA sont utilisées à 80 % pour cent par les professionnels de santé, et les 20 % restant par les aidants et les malades.

Il faut aller encore plus loin, au plus près des territoires et de la ruralité. Pour cela, il faudra que les institutions elles-mêmes se projettent, en particulier, l’hôpital, pas seulement l’EHPAD, en offrant des prestations qui n’existent pas encore, telles que les consultations avancées de spécialistes. Ces consultations permettront non seulement de conforter les professionnels sur place, mais aussi d’en faire revenir, et d’en attirer de nouveaux qui ne sont jamais venus.

Dans des hôpitaux de proximité, il doit y avoir de la médecine, de la gériatrie. Il peut y avoir un service de soins de suites et de réadaptations. On pourrait imaginer de nouveaux types de médecine, par exemple en oncologie, s’il peut y avoir des compétences nouvelles diffusées en toute sécurité.

On incite les médecins à être multi-site, et l’expérience montre que l’on y arrive. C’est l’intérêt de tous. Le cardiologue du CHU de Limoges fera des consultations au centre hospitalier de proximité, par exemple. Ensuite, les cardiologues de ville font le suivi. En cas de complications, on passe à l’hôpital. Dans le plan appelé « Ma santé 2022 », il y aura à l’hôpital de proximité de la biologie, de l’imagerie conventionnelle, du scanner éventuellement.

Quelle place aura la télémédecine dans ce dispositif territorial ?

Nous avons expérimenté avec succès la télémédecine en EHPAD, sous la direction du Pr Nathalie Salles ou celle de la prise en charge du télésuivi des accidents vasculaires cérébraux. À l’avenir, nous pourrons déployer la téléimagerie et la télé-biologie. Nous disposons d’une couverture numérique de plus en plus importante. Quasiment 100 % des EHPAD seront reliés en télémédecine. Il reste une petite poignée en attente de réseau.

Nous poussons les feux pour obtenir un service qui n’a jamais existé, en apportant, comme en dermatologie, l’expertise du CHU jusqu’au domicile. Mais il faut du personnel à domicile.

Les métiers attachés aux personnes elles-mêmes, seront de plus en plus des métiers d’accompagnants. L’auxiliaire de vie sociale joue ce rôle. Dans les groupements hospitaliers de territoires, ceux qui seront estampillés hôpital de proximité, n’auront pas de chirurgie, sauf exception, ni d’obstétrique. L’organisation sera graduelle sur trois niveaux : la proximité, le recours, et le sur-recours, avec des modifications que l’on vient d’évoquer, l’hôpital de proximité, l’hôpital général et le CHU.

Dans les endroits les plus déficitaires, les consultations avancées de télémédecine doivent être le noyau dur des EHPAD et des maisons de santé, là où il n’y a pas d’hôpitaux.

La télémédecine est un lien facilitant pour les acteurs.

Si l’on réussit, par exemple, entre Limoges, plus petit CHU de France, et les petites villes alentour, alors on peut dire que le pari peut être gagné sur l’ensemble du territoire.

Comment pousser au changement ?

Je plaide pour que la parole des usagers soit le plus structurante possible. Seule la parole des usagers peut faire basculer le système vers le domicile et la proximité.

Dans les endroits les plus déficitaires, les consultations avancées de télémédecine doivent être le noyau dur des EHPAD et des maisons de santé, là où il n’y a pas d’hôpitaux. La télémédecine est un lien facilitant pour les acteurs.

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