Aux Entretiens territoriaux de Strasbourg, des acteurs publics engagés dans le monde d’après

ETS2020
Mathieu Baudin, directeur de l'Institut des futurs souhaitables, restitue le « futur souhaitable » imaginé par les congressistes des #ETS2020.
©@INET_CNFPT
Le 8 janvier 2021

On reproche souvent aux grands messes leur inclination à la concélébration et aux discours éloignés de la réalité. Pour cette édition 100 % numérique, l’inversion de tendance est spectaculaire : les collectivités territoriales les plus audacieuses avancent volontairement vers un monde plus respectueux de l’homme, de la nature et des fragilités abondamment disséquées. Les technocrates auraient-ils été dépassés par le réel ?

D’abord, le choc. En entrant dans le palais des congrès de Strasbourg, l’immense hall et ses travées, habituellement remplis de stands, de personnes échangeant, de débats à tous les étages, etc., sont étrangement vides. Un peu comme si vous montiez dans une rame de TGV déserte alors que le train est censé partir dans dix minutes. Les Entretiens territoriaux de Strasbourg (15 et 16 décembre 2020), les fameux ETS organisés par l’Inet (Institut national des études territoriales), dont les territoriaux assurent qu’ils sont « leur » salon des maires, ont fait le pari d’une édition 100 % numérique. Défi relevé. Seule une centaine de personnes étaient physiquement sur place ; des techniciens, mobilisés pour assurer la réussite de cette version numérique, quelques intervenants, les animateurs de débats, l’équipe organisatrice. « Coûte que coûte, nous avons tenu à organiser cette édition 2020 et nous avons eu raison », assure Franck Périnet, directeur de l’Inet.

ETS2020

Les Entretiens territoriaux de Strasbourg (15 et 16 décembre 2020), les fameux ETS organisés par l’Inet (Institut national des études territoriales), dont les territoriaux assurent qu’ils sont « leur » salon des maires, ont fait le pari d’une édition 100 % numérique.

« Il était capital que les acteurs publics se retrouvent, même à travers les écrans, pour échanger. Nous avons besoin d’évaluer ce qui se passe, d’en parler, pour en tirer le meilleur dans une période de crise », poursuit François Deluga.

Vive la crise ?

C’est sous le prisme de la transformation que se sont déroulés ces ETS pas comme les autres. Cette 23e édition a été consacrée aux défis auxquels sont confrontées les collectivités locales et aux changements profonds induits par les nombreuses transitions à l’œuvre dans notre société. Prendre de la hauteur pour permettre aux dirigeants territoriaux d’être des acteurs impliqués à l’échelle de leur territoire.

La crise sanitaire a mis en évidence une agilité de ces acteurs, dont eux-mêmes ignoraient peut-être l’existence. Pour garder ce temps d’avance, pour faire face aux crises à venir, cette capacité d’action doit se nourrir d’analyses et de retours d’expérience dont les ETS se proposent d’être l’un des lieux d’analyse.

Face à ces bouleversements multiples, la reconstitution du commun est nécessaire pour mettre en œuvre la transformation de notre société.

La technocratie "hasbeen"

Pourtant, de nombreux obstacles se hérissent sur ce chemin tortueux. La société est aujourd’hui très fragmentée, selon la tendance à l’archipélisation décrite par le politologue Jérôme Fourquet. Face aux nécessaires transitions, il faut faire preuve d’un vrai sens de la hiérarchie, comme le suggère l’économiste Alain Grandjean. Dans les territoires, ces transformations sont en cours (nous les recensons régulièrement sur Horizons publics), produites la plupart du temps par des individus désireux de s’appliquer à eux-mêmes les solutions de bon sens. Pour le prospectiviste et directeur de l’Institut des futurs souhaitables, Mathieu Baudin, ces initiatives forment un socle sur lequel s’appuyer. Elles balisent le chemin à suivre et sont appelées à s’inscrire dans un temps long, tout en étant régulièrement réinterrogées. Aux collectivités territoriales de les accompagner, de les susciter, tout en laissant aux citoyens le soin de pouvoir apporter des solutions nouvelles. François Deluga, président du CNFPT et ancien député de la Gironde est convaincu qu’elles ont, plus que jamais, un rôle majeur à jouer.

Amélie De Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, en est, elle aussi, convaincue. Les collectivités sont à la pointe dans le numérique, dans la transition économique et dans l’action sociale de proximité. Aux managers territoriaux, entendus au sens large, d’installer cette dynamique dans la durée.

Un autre monde est si facilement possible

À écouter Bruno Paulmier, DGS de la ville de Niort, qui a fait le pari de la biodiversité, « les collectivités doivent donner aux citoyens le sentiment que leur cadre de vie peut changer, qu’il est possible, à l’échelle d’un quartier, d’une rue, de changer le monde ». Jo Spiegel, ancien maire de Kingersheim (Haut-Rhin), promoteur d’une démocratie participative très affirmée, en a fait la démonstration pendant 20 ans dans sa commune de 13 000 habitants : « La Ve République permet à une personne qui a obtenu 25 % des suffrages exprimés d’être élu, surtout face à la menace de Marine Le Pen. Cette base est trop fragile. Face aux évènements de type crise sanitaire, il fallait associer les citoyens dans le cadre d’une conférence du consens permanente, mêlant citoyens, experts, élus, etc. Ça prend plus de temps mais ça colle à une réalité de plain-pied.

Pour éviter que le complotisme ne se déploie dans cette ère post-démocratique, il faut remettre les citoyens au centre des débats. Le bulletin de vote n’est plus l’alpha et l’oméga démocratique », assure Jo Spiegel, ancien maire de Kingersheim (Haut-Rhin).

Le défi des ETS, dans un contexte de restriction des échanges humains, a été relevé. Les 2 000 participants à distance ont entendu le message : un autre monde est possible. Il n’a pas la couleur de l’utopie mais affiche un bon sens pragmatique.

Aux fonctionnaires territoriaux de poursuivre le chemin dans lequel ils ont été engagés accidentellement par la crise sanitaire.

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