David Carassus : «Les managers territoriaux doivent renouveler leurs pratiques managériales»

David Carassus
David Carassus
Le 3 mai 2018

David Carassus, Directeur de la Chaire Optima, revient sur les enjeux du management en collectivité territoriale et sur les quatre grands thèmes des Entretiens de l'Innovation Territoriale 2018 (EIT 2018), organisés au Casino municipal de Biarritz le 30 mai prochain. Horizons publics publie à cette occasion un hors-série thématique, avec les contributions des principaux participants, sur le thème des EIT2018 : "Quel manager territorial dans un contexte d'innovation ?".

Quel manager territorial dans un contexte d'innovation ?

Quelles sont aujourd’hui les principales préoccupations des managers en collectivités territoriales ?
Les pratiques managériales actuelles du secteur public local apparaissent limitées, élémentaires, influencées par des logiques administratives et bureaucratiques, notamment au regard d’un contexte contraint et mouvant. Elles relèvent ainsi d’un paradigme du contrôle des ressources, en étant plutôt orientées vers une gestion à court terme, en étant centrées sur les moyens, ou en mobilisant des outils souvent financiers dans une logique de vérification et de surveillance. 

Avec l’évolution du contexte public local, la croissance en taille des collectivités, ainsi que l’évolution de leurs compétences, les managers publics locaux sont confrontés à la nécessité de renouveler leurs pratiques managériales.

Les managers territoriaux tentent ainsi de mieux maîtriser leurs services publics, au delà des seules ressources consommées, de privilégier des temporalités plus longues, en intégrant des problématiques stratégiques, de développer la transversalité au delà des processus trop verticaux et descendants, ou encore de prioriser et arbitrer dans un contexte contraint. Dans ce nouvel environnement, les besoins et outils de la gestion publique locale subissent alors de profondes mutations, vers un paradigme du pilotage des politiques publiques. Dans ce cadre, la prise en compte de la cohérence des actions publiques avec les attentes et la satisfaction des usagers / citoyens / contribuables devient plus importante, en intégrant de manière plus forte le territoire et la population. 

Dès lors, ce passage à une logique de pilotage de l’action publique induit des changements importants dans les fonctions des managers locaux. Plusieurs questions deviennent ainsi majeures, autours des dimensions stratégiques, évaluatives, de communication interne et externe, de gouvernance active et ouverte, s’inscrivant dans la prise en compte d’une nouvelle relation à l’usager, ou encore d’accompagnement au changement des agents de ces organisations publiques en pleine mutation. Au final, de nombreuses attentes et besoins évoluent au sein des collectivités locales, amenant les cadres territoriaux à passer d’un rôle d’administrateur à celui de manager.

En quoi consiste exactement l’innovation territoriale ?
Si de nombreuses organisations publiques, notamment au niveau local, encouragent cette dynamique d’innovation pour renouveler leurs pratiques, elles semblent globalement confrontées à une notion floue, à la fois en terme de périmètres, mais aussi de solutions. 

D’abord, l’innovation territoriale semble pouvoir être définie comme une réponse nouvelle qui est créé, ou adaptée, vis à vis d’une situation particulière sur un territoire, en améliorant le service public en réponse aux besoins de la population, et/ou en participant à l’évolution des modes de fonctionnement de la collectivité. Ainsi, le périmètre de l’innovation territoriale repose sur la combinaison d’une logique interne, liée à la stratégie, au fonctionnement, aux règles et normes, à la culture, aux outils des organisations publiques, et d’une logique externe, s’appuyant, elle, sur les services publics rendus et sur la réponse aux attentes des citoyens/usagers/contribuables.

Ensuite, plusieurs solutions s’offrent aux collectivités locales pour innover sur ce périmètre. 

En premier lieu, c’est sur le plan des services publics rendus que des innovations semblent pouvoir être engagées, toutes politiques publiques confondues, qu’elles touchent le social, la culture, le développement économique, ou encore le cadre de vie, en intégrant notamment les transitions actuelles numériques et environnementales. 

De plus, les services publics gagneraient aussi à être adaptés après que des analyses de besoins sur le territoire et des évaluations de politiques publiques soient engagés de manière concrète. En second lieu, le mode de fonctionnement même des collectivités locales peut être source d’innovation. En effet, des leviers paraissent nombreux, que ce soit sur le plan stratégique, pour faire des choix, orienter et prioriser; en matière d’optimisation de ressources, par exemple sur le plan patrimonial, pour diminuer les dépenses sans dégrader le service rendu; concernant le capital humain, pour améliorer la qualité de vie au travail, ou encore en matière de communication externe et de marketing public, pour valoriser les actions menées ou renforcer l’attractivité des territoires. 

Quelles sont les thématiques fortes de cette édition ?
Ces Entretiens de l’Innovation Territoriale 2018 seront l’occasion de s’intéresser à 4 thématiques d’actualités pour les managers publics locaux qu’ils soient élus ou agents.

Tout d’abord, le sujet de la gouvernance multi-partenariale sera abordé. Sur ce point, nous constatons la nécessité de dépasser la conception et la réalisation de politiques publiques de façon cloisonnée par des organisations agissant de manière fermée. En effet, la gouvernante multi-partenariale, à travers des systèmes de coopération entre acteurs globaux et acteurs de proximité, semble plus que jamais d’actualité pour le renouveau du pilotage des politiques publiques locales. Cette table ronde vise ainsi à répondre aux questions suivantes : Comment la gouvernance partenariale peut-elle fonctionner sur des politiques locales données ? Sur quelles instance doit-elle reposer pour assurer la cohésion interne mais aussi la diversité des acteurs ? Quelle place pour la parole du citoyen au sein de cette gouvernance renouvelée? Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons sur le cas de la politique sociale. Elle est en effet intéressante dans la répartition des compétences et des responsabilités entre de multiples acteurs, que cela soit le Département via son chef de filât, les CCAS/CIAS, les acteurs institutionnels (CAF, ARS, etc.) ou encore les acteurs associatifs. Nous nous appuierons pour cela sur les regards de deux départements (Gers et Pyrénées-Atlantiques), une communauté d’agglomération (Pau Béarn Pyrénées), mais aussi des CIAS (Grand Auch).

Ensuite, la seconde table ronde traitera de l’évaluation des politiques publiques. Cette thématique d’actualité est au coeur de nombreux enjeux pour le secteur public local, tant sur le plan interne, en permettant aux décideurs locaux de disposer d’informations et indicateurs sur lesquels appuyer leurs choix et priorités, mais aussi sur le plan externe, en améliorant la démocratie locale dans un contexte d’exigence accrue d’efficacité et de qualité. Or, les pratiques d’évaluation restent marginales au sein des collectivités, et représentent donc une source d’innovation importante. Effectivement, si l’évaluation est une notion courante, ses ressorts ne sont pas toujours maîtrisés au sein du secteur public, cette dernière étant trop souvent réduite à la dimension financière, n’appréhendant que mal la valeur d’une action publique. Ainsi, cette table ronde sera l’occasion de revenir sur les questions suivantes : Comment juger de la valeur d’une politique publique, de manière impartiale et objective ? Comment améliorer la prise de décision des collectivités en se basant sur l’évaluation ?  Comment définir et mettre en oeuvre des indicateurs et des tableaux de bord adaptés aux spécificités d’une politique publique ? Nous prendrons appui sur le cas du Fonds d’Insertion des Personnes Handicapées dans la Fonction publique, mais aussi sur le cas de deux collectivités locales (Ville de Saint-Paul-les-Dax et le Département de Seine-Saint-Denis) pour évoquer les bonnes pratiques en la matière.

La troisième table ronde abordera la qualité de vie au travail et la gestion de l’absentéisme. En effet, confronté à un contexte d’évolutions majeures, le manager territorial est directement en prise avec le changement, son accompagnement et sa mise en oeuvre. Cela amène des problématiques humaines de grande ampleur au centre des innovations déployées par les managers locaux. En effet, dans des organisations en pleine mutation, la dimension humaine est trop souvent galvaudée comme. Or, les démarches d’innovation managériales réussies semblent démontrer que le renouveau du secteur public local passera nécessairement par une meilleure prise en compte du facteur humain. De plus, les nombreux changements générés par les réformes actuelles peuvent être sources de stress, de détériorations des conditions de travail ou encore de comportements déviants (augmentation de l’absentéisme, faiblesse de la performance au travail, etc.). Dans ce contexte, nous tenterons de répondre aux questions suivantes : Comment appréhender la qualité de vie au travail dans la fonction publique territoriale ? Quels sont les facteurs au coeur de la qualité de vie au travail ? Quel est le rôle du manager dans l’accompagnement des agents territoriaux ? Pour répondre à ces questions, nous nous appuierons sur plusieurs cas de collectivités (Département du Nord, Ville de Brive), ainsi que sur une étude nationale réalisée sur l’évolution de la situation professionnelle des agents territoriaux en partenariat avec la société SOFAXIS.

Enfin, lors de la dernière table ronde, il sera question du renouvellement de la relation au citoyen via le numérique. Dans ce cadre, alors qu’une meilleure relation au citoyen paraît essentielle dans la transformation des organisations publiques locales, cette dernière semble devoir en effet prendre en compte les enjeux du numérique dans la conduite de l’action publique. Peu maîtrisée, mais au centre des préoccupations d’innovation, nous nous interrogerons ainsi sur la forme et la place des innovations numériques au contact des usagers/citoyens. Nous tentons ainsi de répondre aux questions suivantes : Quelles sont les transformations organisationnelles opérées par la prise en comte du numérique dans la relation au citoyen ? Comment accompagner les usages du numérique au sein des services publics locaux ? Quels sont les impacts de l’usage du numérique sur la production des services publics et des politiques publiques locales ? Nous nous appuierons sur le cas de deux collectivités (SICOCAL, Ville de Pau), mais aussi sur la position de deux grandes entreprises (Groupe La Poste et UGAP) pour répondre à ces questions. Un joli programme en perspective…Rendez vous le 30 mai 2018 à Biarritz.