Revue

Cartoscopie

Les territoires n’en ont pas fini avec les flux et leur représentation

Le 23 janvier 2021

La présente carte des sentiers, chemins de grande randonnée et des réseaux hydrographiques raconte une toute autre histoire de la mobilité humaine.

Alors que l’urbanisation généralisée, la globalisation des échanges et des mobilités auraient dû les mettre au centre de l’attention, que l’explosion des données personnelles captées par les opérateurs de réseau aurait dû permettre de rendre visible cette société que l’on dit liquide, gazeuse, ce sont souvent les mêmes indicateurs, peu nombreux, qui sont utilisés et mettent en avant les infrastructures de transports routiers, ferroviaires, aériens, maritimes, les flux migratoires, les déplacements domiciles-travail, les circuits logistiques, etc. Autrement dit, des individus, citoyens actifs et consommateurs, qui se déplacent entre leurs lieux de résidence, familiaux et professionnels, qui accèdent à des biens, ainsi que les infrastructures et équipements techniques qu’ils empruntent pour cela. Une représentation très réductrice de la vie de l’homo mobilis et des flux qui traversent les territoires et connectent ceux qui les habitent.

D’autres récits sont pourtant possibles : la présente carte qui reprend les réseaux hydrographiques, les chemins et sentiers de grande randonnée raconte ainsi une histoire différente. Ce n’est plus le citoyen productif, qui œuvre à la croissance, vote et paye ses impôts dont on trace les lignes de déplacement, mais le marcheur qui arpente lentement les paysages, s’imprègne en profondeur des atmosphères et pour qui la mobilité est moins un moyen qu’une fin, une occasion de rencontre entre soi et les autres, humains, mais aussi faune, flore, tous ces êtres qui composent aussi nos territoires. En associant les cours d’eau, on élargit encore le panel des entités convoquées : l’eau irrigue au propre comme au figuré les espaces sans souci des frontières et rend possible nombre d’activités humaines en même temps que la vie ; les sédiments cheminent de l’amont à l’aval et modèlent la géographie.

Alors que le monde moderne a érigé la mobilité en modèle sans véritablement se donner les moyens de la représenter, c’est peut-être la pensée du monde anthropocène à venir qui nous obligera à enrichir considérablement notre palette si nous voulons adopter une posture écologique. Car contrairement à certaines idées reçues, celui-ci ne s’accompagnera pas d’une remise en cause de cette logique de flux, mais au contraire de son explosion : la biosphère, les écosystèmes ne sont que flux, relations, interdépendances qui outrepassent en intensité et en diversité de très loin ceux du productivisme et de la globalisation moderne décriée. Encore un tournant à prendre.

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