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L’indice de développement humain atterrit dans l’anthropocène

Le 16 mai 2021

L’édition 2020 du rapport annuel du programme des Nations Unies pour le développement consacre la révolution de l’entrée en anthropocène.

Le programme des Nations Unies pour le développement publie depuis 1990 un rapport annuel qui dresse la situation des pays du monde et mesure les progrès effectués pour leur population en matière de qualité et de niveau de vie. Avec la version parue fin 2020, s’opère une révolution qui signe l’entrée dans l’anthropocène de cet outil international d’observation et de préconisation pour lutter contre les inégalités de développement : dans l’analyse produite pour mesurer l’état du monde sont maintenant intégrés des indicateurs de pression anthropique exercée sur la planète : émission de CO2 d’un côté et empreinte matière, autrement dit estimation du niveau d’extraction des ressources, de l’autre.

Le discours de l’institution lui-même n’est pas en reste. Celui-ci, sans renoncer à la prudence, à l’euphémisme et parfois à l’amphigouri propre à son genre qui doit le moins fâcher possible le plus grand nombre, affirme que l’entrée dans l’anthropocène et la bifurcation écologique qu’elle appelle, ne s’opposent pas à la lutte contre les inégalités de développement, mais au contraire qu’elles s’y ajoutent avec gravité. Ainsi au constat déjà sidérant, malgré l’accroissement de la richesse produite dans le monde, de l’augmentation des écarts entre pays riches et pauvres d’une part, entre populations riches et pauvres en leur sein, s’ajoute le fait que ce sont aussi les pays et les populations les plus pauvres qui non seulement profitent le moins des logiques d’extraction et d’émission démesurées qui menacent la vie humaine sur terre, mais que ceux-ci seront aussi les premières victimes de ces conséquences.

La carte mondiale obtenue avec le nouvel indice de développement ajusté aux pressions exercées sur la planète montre une géographie déséquilibrée, mais stable dans le temps. Cependant, le schéma qui l’accompagne souligne combien la prise en compte de ces nouveaux indicateurs fait baisser le niveau global de développement humain constaté. Cette baisse est plus prononcée dans les pays qui sont le plus avancés et qui profitent le plus de l’exploitation des ressources mondiales, tout en externalisant largement dans les pays les plus pauvres, les risques et conséquences catastrophiques de leur modèle. On pourra se consoler en regardant l’évolution du classement des pays par catégorie de développement et en constatant que la France malgré la baisse de valeur de son indice de développement gagne seize places. Elle reste néanmoins très loin de la trajectoire de diminution des émissions et de l’extraction qu’elle devrait adopter pour respecter ses engagements internationaux en matière de lutte contre le changement climatique. Très loin aussi d’atténuer sa responsabilité, avec les autres pays les plus développés, vis-à-vis de la situation d’inégalités et de risques qu’elle fait peser sur les pays et populations les plus démunies.

Pour aller plus loin
http://hdr.undp.org/en

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