Quelle mobilité autonome après-demain ?

Véhicule autonome
Le 11 juin 2018

Institut de recherche indépendant et plateforme de dialogue multi-acteurs, l'Institut du Développement Durable et des Relations Internationales (IDDRI) identifie les conditions et propose des outils pour placer le développement durable au cœur des relations internationales et des politiques publiques et privées ; l'étude « Mettons le véhicule autonome sur la voie du développement durable » publiée le 5 juin 2018 par Mathieu Saujot, Laura Brimont et Oliver Sartor (Iddri), s’inscrit bien dans cette perspective.

Si l’autonomie en elle-même n’est pas transformatrice, elle apparaît comme un compromis entre possibles technologiques et serviciels, usages individuels et demandes collectives. L’IDDRI fait l’hypothèse que différents compromis sont envisageables, débouchant à terme sur différents modèles de mobilité.

Après l’essor des véhicules automobiles puis celui des transports collectifs, l’étude survient au moment où les essais de prototypes de véhicules autonomes alimentent l’espoir de sortie de modes de déplacements aux performances environnementales décevantes. Mais remarquent les auteurs, le véhicule autonome est loin d’être une baguette magique pour la mobilité durable.

Il ne résout pas certains des problèmes actuels comme la décarbonation du secteur des transports à court terme peut générer de nouveaux enjeux comme l’augmentation de la consommation énergétique voire favoriser l’augmentation des déplacements et l’étalement urbain. Néanmoins, la mobilité autonome présente également des opportunités à long terme et à certaines conditions (extension du périmètre de pertinence des transports collectifs, amélioration de l’accès à la mobilité pour les personnes sans permis, mutualisation des véhicules, etc.).

Trois scénarios sont avancés pour la mobilité autonome future, basés sur trois « modes organisateurs », c’est-à-dire des modes de transport qui organisent la mobilité, à la fois en termes d’infrastructures et d’organisation spatiale, de régulation, d’attentes sociale et d’imaginaires, et qui sont associés à différents écosystèmes d’acteurs.

 -          le scénario 1 est celui d’une mobilité autonome privée et individuelle portée par les constructeurs automobiles ; 

-          le scénario 2 est basé sur une mobilité autonome collective et partagée portée par les collectivités locales et les opérateurs de transport public pour renforcer le service public de transport ; 

-          le scénario 3 repose sur des offres privées de robot-taxis à la demande proposées par des acteurs du numérique.

De manière générale, les scénarios 1 et 3 sont ceux qui présentent le plus de risques pour la mobilité durable, tandis que le scénario  2, basé sur une mobilité collective, est la matrice la plus à même de porter une mobilité autonome durable.

Afin de limiter ses risques et de tirer le meilleur parti des opportunités offertes par la mobilité autonome, les acteurs publics locaux et nationaux doivent orienter son développement.

Pour l’IDDRI, le modèle de mobilité collective basé aujourd’hui sur les transports en commun est la matrice la plus à même de porter une mobilité autonome durable. L’étude suggère que les pouvoirs publics profitent de l’immaturité de la technologie pour imposer leur agenda et orienter les futures offres en lien avec leurs priorités en utilisant leurs compétences en matière d’aménagement et de régulation de la voirie (voies réservées, priorité, vitesse, licence d’exploitation).

Au total, la mobilité autonome nécessite d’inventer une nouvelle gouvernance de la mobilité. Les autorités organisatrices de la mobilité devraient accroître leur rôle de coordination des différentes offres portées par des opérateurs privés, au-delà de la seule gestion du transport public. Une coordination qui leur demandera d’investir dans de nouveaux savoir-faire propres aux outils numériques.

Les messages clefs de l'étude

Mettons la mobilité autonome sur la voie du développement durable

Le véhicule autonome suscite aujourd’hui énormément d’engouement. Géants du numérique, constructeurs automobiles, opérateurs de transports publics, mais aussi États et collectivités, nombreux sont les acteurs à se lancer dans cette course à l’autonomie. Tous mettent en avant les potentiels bénéfices de cette technologie pour nos systèmes de mobilité. Or, le futur de la mobilité autonome est très incertain ; plusieurs modèles de développement sont envisageables, porteurs d’opportunités mais aussi de risques, notamment en termes de durabilité. En quoi l’autonomie modifie-t-elle les enjeux classiques de mobilité durable (réduction des émissions de gaz à effet de serre, maîtrise de l’étalement urbain, accessibilité, etc.) ? Comment saisir les opportunités offertes par cette technologie ? L'iddri apporte des éléments de réponse à ces questions à travers une étude prospective sur les possibles scénarios de déploiement du véhicule autonome.

  • Éclairer un futur incertain

Le futur de la mobilité autonome est très incertain : plusieurs modèles sont envisageables selon les contraintes technologiques, économiques, sociales et politiques qui vont organiser son développement. C’est sur ce principe qu’est fondé ce travail de prospective, dont nous en tirons trois scénarios de développement, dont le principal objectif est de révéler leurs conséquences et enjeux en termes de durabilité.

 

  • La mobilité autonome à la croisée de chemins

Le véhicule autonome est loin d’être une baguette magique pour la mobilité durable. Il ne résout pas certains problèmes actuels comme le faible taux d’occupation des véhicules ou les émissions carbone du secteur des transports et génère de nouveaux enjeux : la quantité de données produites par l’autonomisation pourrait augmenter la consommation énergétique des véhicules ; l’autonomie pourrait accentuer les inégalités d’accès à la mobilité, tant sur le plan économique que géographique ; elle pourrait également faire baisser le coût d’opportunité du temps de transport, et donc favoriser l’augmentation des déplacements et l’étalement urbain. Néanmoins, la mobilité autonome présente également des opportunités à long terme et à certaines conditions (extension du périmètre de pertinence des transports collectifs, amélioration de l’accès à la mobilité pour les personnes sans permis, mutualisation des véhicules, etc.).

 

  • Les autorités publiques à la baguette

Pour aller vers une mobilité durable, les autorités publiques locales et nationales doivent prendre la main pour orienter le développement de la mobilité autonome. Elles disposent pour ce faire de réels leviers d’action : s’appuyer sur le modèle de mobilité collective basée sur les transports en commun pour organiser leurs politiques ; profiter de l’immaturité de la technologie pour imposer leur agenda en utilisant leurs compétences en matière d’aménagement et de régulation de la voirie (voies réservées, priorité, vitesse, licence d’exploitation). Les expérimentations menées à l’heure actuelle sont également de vraies opportunités pour préparer la mobilité autonome de demain.

 

Infographie : Comment construire un système de mobilité durable autonome ?

Télécharger l'Étude : Mettons la mobilité autonome sur la voie du développement durable

A lire aussi