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Vers les métropoles et le désert français

Le 16 avril 2018

Point de vue de Vincent Potier, président de l'association Action publique XXI.

Le territoire de la France fait apparaître des disparités, notamment en termes de densité de population : les trois régions les plus denses (Île-de-France, Nord-Pas-de-Calais, Alsace) ; les deux bandes Nord-Sud à la densité moyenne ou peu dense ; la « diagonale du vide », formée de régions très peu denses (de Champagne-Ardenne à Midi-Pyrénées). Il est composé de manière contrastée : les métropoles côtoient des villes moyennes, elles englobent les banlieues, paraissent de plus en plus se différencier des espaces ruraux ou des zones de montagnes. Plus de 790 aires urbaines concentrent la moitié des communes et 85 % de la population. En dehors de ces aires, 11 000 communes, où réside 10 % de la population, sont sous l’influence de plusieurs pôles urbains sans que l’un d’entre eux ne prédomine. 7 400 communes rurales, avec 5 % de la population, restent hors de l’influence de zones urbaines.

Les dynamiques économiques à l’échelle du pays semblent se cliver selon deux catégories :

• les territoires de production et les espaces de consommation ou d’« économie résidentielle » ;

• les bassins « dynamiques » et les bassins « stagnants ».

Selon les indicateurs, les classements changent : l’Île-de-France est première en considérant le produit intérieur brut (PIB) par habitant mais 17e en prenant en compte l’indicateur de développement humain (IDH) pour lequel le Limousin est en tête. En prenant le nouvel indice européen de progrès social, l’Île-de-France reprend la tête ! D’autres caractéristiques sont identifiables qui dessinent des territoires diversifiés : l’âge, les catégories socio-professionnelles, la santé, les revenus, etc.

Ces disparités, contrastes, clivages et diversités sont des critères permettant de mesurer des inégalités. Ces dernières ont des effets qui concernent des champs parmi lesquels : l’éducation et la formation ; l’ascension sociale ; le développement économique ; l’emploi et le chômage ; le logement ; la santé ; l’environnement, etc.

Plusieurs indicateurs témoignent de différenciations à l’échelle de la France selon des tendances globalement favorables aux métropoles : ainsi, les quinze aires urbaines de plus de 500 000 habitants rassemblent aujourd’hui 40 % de la population et 55 % de la masse salariale. Cependant, les métropoles sont les lieux où les inégalités de revenus sont les plus importantes. Le taux de pauvreté n’est pas particulièrement plus élevé dans les grandes métropoles, mais celles-ci concentrent une part importante des populations pauvres du fait de leur poids démographique. La pauvreté dans les grandes métropoles est aggravée par un niveau général des prix plus élevé que dans le reste du territoire.

Dans le même temps, les villes moyennes et les zones rurales deviennent de plus en plus fragiles : baisse des populations, positionnement sur des secteurs d’activité économique en perte de vitesse, vieillissement des populations, disparités des ressources…

Au cours de la décennie passée, les inégalités entre territoires se sont ainsi accentuées : la moitié nord-est du pays connaît une évolution défavorable du fait de la désindustrialisation ; les ressorts de croissance font
défaut dans beaucoup de villes moyennes et de territoires ruraux et le développement des métropoles s’accompagne de fortes inégalités en leur sein.

Sans compter enfin que dans l’Outre-mer – territoires de profondes inégalités internes qui affichent des retards nombreux et divers vis-à-vis de l’Hexagone, le taux de chômage reste à un niveau très élevé (24,1 % en 2014), même si l’écart au taux de France métropolitaine s’est réduit de deux points depuis le début des années 2000.

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