Les figures inspirantes, des clés pour la réussite professionnelle

Benjamin Blavier
Benjamin Blavier
Le 12 décembre 2018

Article 1, fusion de l’association Fratelli et Passeport Avenir, milite pour l’accès à l’enseignement supérieur de jeunes issus de milieux populaires, la formation tout au long de la vie et une réussite professionnelle plus égalitaire. L’association opère à travers quatre axes majeurs : l’orientation pré-bac, le mentorat pour accompagner les étudiants, le développement de compétences transverses pour les lycéens et les étudiants, la promotion d’un leadership issu de la diversité. Benjamin Blavier, co-fondateur d’Article 1, présente deux programmes innovants: la plateforme Inspire dédiée aux lycéens et les Maisons Article 1 aux étudiants.

Comment est né le programme Inspire ?

À résultat équivalent un jeune issu d’un milieu populaire aura 38% de chance en moins de faire des études longues qu’un jeune issu de milieu favorisé. Nous n’étions pas très satisfaits des différentes actions comme les rencontres sur le terrain avec des professionnels, les ateliers de découverte métiers. Il fallait donner à des ces jeunes issus de milieux populaires plus d’information sur l’enseignement supérieur et pour lever les freins, les mettre en contact avec des figures inspirantes.

Notre intuition a ensuite été confirmée par la recherche : ce qui marche le mieux, ce n’est pas de les mettre en lien ces lycéens avec des anciens, des professionnels ou des adultes, mais avec des étudiants qui leur ressemblent. Ceux qui s’en sont sorti dans le système scolaire racontent toujours une histoire de rencontre : avec des conseillers d’orientation, des amis de la famille, des personnes inspirantes dans une communauté ou un quartier. Ainsi Fratelli a lancé et financé ce programme il y a 4 ans.

Qu’est-qui en fait un programme innovant ?

Il ne s’agit pas d’une approche métier. Le lycéen rentre ses notes, ses matières de prédilection sur la plateforme et un algorithme, prenant en compte les données de l’enseignement supérieur, calcule les chances qu’il a de rentrer et de s’épanouir dans l’enseignement supérieur. On lui donne des informations immédiates sur les études accessibles. Cela permet de défricher le paysage sans autocensure. La deuxième particularité de ce programme réside dans la mise en relation entre les jeunes et les étudiants volontaires, les Éclaireurs (15 000 jeunes d’entre 18 et 25 ans), dans cette dimension de réseau social. Face à quelqu’un qui leur ressemble, la filière d’étude devient envisageable et adaptée. Beaucoup de jeunes issus de milieux défavorisés n’osent pas aller vers de filières longues, alors qu’ils ont les résultats leur permettant de le faire. Pour preuve, les lycéens ne connaissaient pas ou n’envisageaient pas 80% des filières Inspire proposées.

De quelle manière les Maisons Article 1 contribuent-elles à promouvoir la réussite étudiante puis professionnelle ?

Ce programme se base sur le modèle des living learning communities anglo-saxonnes. On propose à des jeunes boursiers, quelles que soient leurs filières d’études, de vivre dans une résidence étudiante où ils doivent s’engager dans un projet collectif : soutien scolaire pour les jeunes du quartier, création d’un jardin partagé etc. En parallèle, le soir, les jeunes animent des ateliers pour favoriser le développement de compétences transversales. Ce programme dont nous sommes assez fiers, affiche de beaux résultats. Il permet de mettre un peu de vie collective dans ces établissements et se situe dans cette dimension d’affirmation de soi, d’acquisition de compétences transversales, de renforcement des réseaux permettant ensuite aux jeunes de trouver leur voie et de pouvoir valoriser cette expérience auprès de futurs recruteurs.

Actuellement, il existe trois maisons actives : à Saint Denis, dans le 14e et aux Batignolles. Nous réfléchissons actuellement à d’autres projets, ceci-dit les modalités de financement restent complexes.

Ces Maisons accordent une importance centrale aux soft skills. Pourquoi ?

Nous envisageons les compétences transversales comme la prochaine frontière de l’égalité des chances et de la lutte contre les discriminations.

Certes le diplôme compte. Mais il ne suffit plus. Avec le développement du digital, l’apparition de nouveaux métiers et la rapidité des changements, les diplômes pèsent de moins en moins. Les recruteurs recherchent des profils de personnalités. À titre personnel, je crois que les jeunes issus de milieux populaires ont parfois d’avantage de compétences transversales que les autres.

C’est cette histoire que nous voulons raconter et démontrer aux recruteurs que ces jeunes ont plein de talent !

D’ici 2020 vous souhaitez toucher 100 000 jeunes grâce à vos dispositifs. On êtes-vous de cet objectif ?

Aujourd’hui, nous accompagnons à travers nos différents dispositifs 50 000 jeunes par an : 35 000 en digital sur nos différentes plateformes, 15 000 en présentiel, des jeunes que l’on voit soit en accompagnement individuel soit dans des ateliers collectifs tout au long de l’année.