La ceinture verte : des coopératives de maraichers pour favoriser une alimentation locale

Le 18 septembre 2020

Déjà active à Pau et à Valence, l’association La Ceinture verte a pour but de relocaliser l’alimentation locale de qualité. Pour y parvenir, elle s’organise autour de coopératives qui permettent à des maraîchers de s’installer en périphérie des agglomérations.

Le 23 juin dernier, les deux fondateurs de La Ceinture verte réalisaient leur premier webinaire. Un événement assez informel avec une présentation du projet, suivi d’une discussion avec des acteurs variés. Pierre Pezziardi et Ivan Collombet, tous deux anciens piliers des start-up d’État, ont opéré un virage audacieux en 2019 en créant La Ceinture verte. « Nous traitions de nombreux sujets sociaux : chômage, lutte contre l’échec scolaire, formation professionnelle, etc. Mais pas grand-chose en lien
avec une préoccupation que nous avons tous les deux, qui est de contribuer à l’accélération de la transition agro-écologique », introduit Ivan Collombet.

La Ceinture verte, c’est une association nationale, et bientôt une structure de l’économie sociale et solidaire, qui permet à des maraîchers de s’installer en périphérie des agglomérations. Pour cela, ils se regroupent avec d’autres acteurs du territoire en sociétés coopératives d’intérêt collectif, tout en restant indépendant sur leur exploitation. « Nous n’allons pas réinventer la poudre et remplacer les acteurs en place, mais nous allons créer une alliance entre eux pour relocaliser une part substantielle de l’agriculture nourricière sur les territoires, précise Ivan Collombet. Nous commençons par un deal avec une agglomération, elle apporte la volonté politique et nous la volonté entrepreneuriale. »

Les coopératives s’occupent d’acheter les terrains, soit aux collectivités, qui les avaient stockés pour d’autres projets avortés, soit à des propriétaires privés. Elles doivent ensuite les aménager pour accueillir des maraîchers. Chacun aura deux hectares de terre à cultiver en respectant le cahier des charges bio. Pour l’instant, toutes les demandes d’installations sont faites par des personnes en reconversion professionnelle. Pour les aider, elles sont mises en relation avec des tuteurs qui viennent les conseiller pour la production et la vente. La Ceinture verte les encourage aussi à mutualiser une partie de leur production pour être plus efficaces.

Une réponse adaptée aux enjeux

Si les intercommunalités sont dynamiques au niveau des politiques publiques concernant l’alimentation, elles ne ciblent pas forcément la bonne échelle. Ivan Collombet nous donne l’exemple de Nantes pour illustrer ce phénomène. La ville souhaite créer de nombreux potagers en son centre afin de produire vingt-cinq tonnes de légumes par an pour les habitants les plus en difficulté : « C’est la moitié de ce que doit produire une petite ferme maraîchère qui fonctionne bien sur deux hectares. Autrement dit, l’ordre de grandeur n’est pas le bon. Si nous voulons qu’une partie significative de notre alimentation soit en circuit court, il ne faut pas faire une ferme mais minimum 150 », explique le fondateur de La Ceinture verte, qui vise cet objectif pour Pau et Valence, deux collectivités avec lesquelles l’association travaille.

La Ceinture verte travaille et réunit tous les acteurs des territoires où elle s’implante, y compris les collectivités publiques.

Un objectif à long terme qui se réalisera au fur et à mesure du développement du projet. Pour l’instant, trois maraîchers devraient commencer à Pau et huit à Valence. Le but premier étant d’offrir une meilleure rémunération aux personnes installées. Car en France, un maraîcher diversifié gagne en moyenne 740 € par mois, une somme dérisoire pour la quantité de travail et de savoir nécessaire à cette activité. Ivan Collombet ajoute : « Pourquoi ils gagnent peu ? Car ils ne produisent pas beaucoup et ils investissent très peu. Pour pallier ces deux problèmes, nous investissons pour leur compte. Les coopératives achètent le foncier et l’aménagent pour les maraîchers, en échange d’une cotisation qui permet de rembourser les investissements. Ainsi, ils ne prennent pas de risque au départ et sont même accompagné par les tuteurs. »

La Ceinture verte travaille et réunit tous les acteurs des territoires où elle s’implante, y compris les collectivités publiques. Un schéma plus efficace selon Ivan Collombet, qui affirme que « en général, si le projet est géré en direct par une administration, elle va buter dessus ». Après six ans passés au service de l’État, l’entrepreneur a intégré leur fonctionnement et pari aujourd’hui sur des partenariats public-privé, dans une perspective entrepreneuriale visant l’impact social. « Demain, ils seront le bras armé des politiques publiques. C’est notre vision », conclut-il.

Pour aller plus loin

https://www.laceintureverte.fr/

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