Policy Lab UK, la cellule innovation publique britannique

Le Policy Lab UK est un « cabinet office » dépendant directement du Premier ministre britannique.
©Policy Lab UK
Le 22 février 2018

Garantir l’efficacité des services publics et apporter des réponses concrètes aux demandes des citoyens. Le plan peut paraître ambitieux mais c’est bien l’objectif que s’est fixé la fonction publique britannique en créant le Policy Lab.

Composé d’universitaires, d’experts et de hauts fonctionnaires, le Policy Lab est une cellule d’une dizaine de personnes, un « cabinet office » dépendant directement du premier ministre britannique qui s’emploie à améliorer et simplifier de façon pratique les services rendus aux citoyens. Le lab travaille ainsi avec les équipes politiques dans différents départements du gouvernement britannique. Apparu en avril 2014, le Policy Lab est souvent présenté comme une « start up » politique qui favorise l’innovation dans les services publics. Depuis son lancement, le lab a ainsi collaboré avec 15 ministères et organismes dans le cadre de 23 grands projets qui ont touché environ 5 000 fonctionnaires de l’administration britannique.

Transformer les idées en prototypes

Des questions aussi diverses que la médecine légale numérique, l’exclusion liée au logement ou la garde d’enfants ont été abordées. Composée d’une dizaine de personnes, l’équipe comprend des décideurs, des concepteurs et des chercheurs. Comme dans n’importe quelle petite unité, les tâches sont partagées et la plupart des membres de l’équipe gèrent les projets, animent des ateliers, des séances de formation et aident à transformer les idées en prototypes à tester. Des questions politiquement sensibles peuvent également être abordées. Récemment, une rencontre a été organisée entre des membres de l’administration et des responsables des milieux d’affaires dans le but d’augmenter les exportations britanniques. Un thème sensible à anticiper alors que la Grande-Bretagne quittera l’Union européenne en 2019. Dans chaque nouveau cas, le Policy Lab illustre de façon concrète les problématiques à résoudre lors de sessions où les concepts à tester pour résoudre un problème sont décrits, représentés dans des plans détaillés, des dessins techniques et des cartes d’évaluation.

Ouvrir l’administration au numérique

Le Policy Lab soumet alors de nouvelles solutions aux administrations dans le but de les évaluer pour évaluer si elle apporte des réponses plus satisfaisantes que les précédentes. En France, ce type de laboratoires d’expérimentation existe également avec la Direction interministérielle de la transformation publique (DITP) et à la Direction interministérielle du numérique et du système d’information et de communication de l’État (DINSIC), qui ont succédé fin 2017 au Secrétariat général pour la modernisation de l’action publique (SGMAP). Objectif : tester des idées et ouvrir l’administration publique au numérique. À l’origine du dispositif d’identification unique Franceconnect, de la plateforme de données publiques françaises datagouv.fr, ces directions d’État ont une mission commune : réinventer les services publics.

Entretien avec Béatrice Andrews

Beatrice Andrews, directrice du Policy Lab UK
Beatrice Andrews, directrice du Policy Lab UK.

Le Policy Lab a été créé en 2014, comment travaillez-vous concrètement ?

Chaque projet lab est fait sur mesure. Notre approche est agile et itérative – nous apprenons au fur et à mesure que nous allons de l’avant et apportons des changements en nous basant sur l’expérience. Il y a au moins trois niveaux d’impact potentiel : tout d’abord, l’impact immédiat des idées que nous développons dans les projets ; deuxièmement, l’impact plus large d’une approche de la politique plus centrée sur les personnes ; et troisièmement, sur les compétences et la confiance des décideurs politiques, qui comprennent mieux les personnes qu’ils cherchent à atteindre et sont habilités à s’engager avec eux.

Comment interagissez-vous efficacement avec les politiques et les fonctionnaires ?

Les décideurs politiques interviennent à toutes les étapes : de la co-conception de la recherche au développement et à l’essai des prototypes. Cela peut parfois donner l’impression d’avoir beaucoup de travail dès le départ et un atelier d’une journée peut être difficile à tenir dans un agenda chargé. Mais lorsque l’équipe politique commence à voir ce qui peut être réalisé en très peu de temps, elle est généralement convaincue que cela en vaut la peine.

Récemment, nous avons appuyé l’ancien ministre du Logement, Alok Sharma, lors d’une série d’activités concernant les résidents du logement social. Nous avons aidé à créer des espaces accueillants pour les résidents et avons utilisé des techniques de co-conception pour les aider à exprimer leurs préoccupations et leurs idées.

Quelles mesures novatrices avez-vous recommandé qui ont été testées ou mises en œuvre ? Ceux qui ont été abandonnés ?

Policy Lab a été responsable d’un certain nombre de « premières » pour le gouvernement. Ceci inclut : des « journées d’idées ouvertes » pour inciter les milieux d’affaires à relever le défi de l’augmentation des exportations en provenance du Royaume-Uni. Dans notre projet du secteur locatif privé, une campagne prototype d’affiches sur le signalement du mauvais entretien de votre propriété louée ; dans notre projet sur l’itinérance, un système de triage pour avertir rapidement les personnes à risque d’itinérance. Nous avons également un système de « safaris sur les preuves » : prendre un grand nombre de rapports et de données pour en faire des images claires et convaincantes sur les fiches de preuves, puis animer une session où les décideurs politiques parcourent la salle avec une série de « quêtes ».

Comment envisagez-vous l’avenir du Policy Lab et son évolution ?

Le Policy Lab a toujours mis l’accent sur le renforcement des capacités dans l’ensemble de la fonction publique en donnant aux fonctionnaires les outils et la confiance nécessaires pour s’engager auprès des personnes touchées par leurs politiques. Nous voulons que cela se poursuive notamment en aidant certains ministères à créer leurs propres « lab » avec des expertises spécialisées à chacun des ministères concernés.

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