Innovation publique : comment accélérer et passer à l’échelle ? 

Sigrid Berger et Léa Roux de Profil Public
Sigrid Berger et Léa Roux de Profil Public au démarrage du programme accélérateur Bootcamp, fin août 2020.
©Léa Schneider
Le 25 septembre 2020

Profil Public, 1ère plateforme d’attractivité RH dédiée au secteur public est l'une des 14 startups qui a intégré récemment le programme d'accélération « French IoT » du groupe La Poste. Une voie pour accélérer l'innovation dans le secteur public ? Entretien avec Sigrid Berger, fondatrice de Profil Public, autour de l'innovation publique : comment l'accélérer et accompagner désormais le passage à l’échelle ? 

Quels sont les freins actuels à l'innovation publique ? 

Trop souvent l’innovation publique est dépendante d’initiatives individuelles qui reposent sur une ou deux personnes sans forcément être portée par une stratégie d’ensemble. Quand ces personnes quittent l'institution, c’est tout ce qu'elles avaient réussi à créer qui risque de disparaître.

 

Se pose également la question du passage à l'échelle de ces initiatives qui restent parfois trop locales et se heurtent souvent à des freins juridiques, financiers ou de gouvernance. 

Comment accélérer l'innovation publique ? 

Plusieurs voies sont possibles. L'innovation publique peut être accélérée « de l’intérieur » en intégrant progressivement la fonction « innovation » au sein des administrations. De nombreuses institutions ont ainsi créé des laboratoires d'innovation ou directions dédiées pour internaliser petit à petit cette fonction. Dans certaines institutions, ont été impulsées des démarches d’intrapreneuriat, démarches qui visent à mobiliser les agents pour faire remonter du terrain un « irritant », proposer une solution et la mettre en œuvre à l'échelle de l’institution. Cela passe notamment par la création d’incubateurs internes comme beta.gouv.fr à la Direction interministérielle du numérique ou bien le Ti Kub à la Région Bretagne. 

L’innovation peut également être accélérée « de l’extérieur » grâce à des collaborations startups – institutions. Et le Ministère des Armées l'a bien compris avec son Agence de l'innovation de défense (AID). Ce service à compétence nationale a même créé une division « financement et acquisition de l'innovation » chargée d’identifier dès la phase d’amorçage les mécanismes appropriés d’acquisition d’une solution existante dans le domaine civile. 

Les administrations se concentrent aujourd'hui beaucoup sur la phase amont (comment créer des services innovants ?) et encore trop peu sur la pérennisation (comment un maximum d’institutions peuvent s'en saisir ?). S'il existe en effet au sein du service public des incubateurs qui permettent d'accompagner le début d'un projet, il n'existe pas véritablement d’accélérateurs pour accompagner le développement de ceux-ci et permettre le fameux « passage à l’échelle ». 

Qu'est-ce qu'un accélérateur de startups ? 

Un accélérateur est un programme qui permet aux startup d'être accompagnées dans cette phase de « passage à l’échelle ». Il s’agit d’un dispositif souvent de courte durée (3 à 6 mois) alternant conseils, coaching, ateliers sur-mesure et mise en réseau pour accélérer la croissance et la présence sur le territoire. Certains accélérateurs peuvent aussi entrer au capital des entreprises sélectionnées. De grands groupes comme La Poste ont créé des programmes d'accélération à l'image du programme French IoT, qui s'inscrit dans une volonté de porter une stratégie d’innovation basée sur un partenariat startup - grands groupes, afin d'accélérer l'impact des technologies au service de l'intérêt général.

Quels bénéfices peut-on en retirer ?  

Un accélérateur comme le programme French IoT de La Poste que notre startup a rejoint nous donne accès à des opportunités financières (bourses, levées de fonds…), des mises en relation avec les grands groupes partenaires (RATP, Fédération Hospitalière de France (FHF), MAIF…) et des salons de renommée nationale ou internationale (Vivatech, CES, BIG, IFA...).

Tout l'enjeu est d'accélérer la croissance ! 

Pourquoi miser sur des startups à impact ? 

Les startups à impact permettent de co-construire ou de penser les services d’intérêt public de demain comme la e-santé, la smart city, les nouvelles mobilités, la deep tech, les civic & govtech.

Des groupes du secteur public comme La Poste l'ont compris et misent sur l'innovation ouverte en intensifiant leurs collaborations avec des startups pour aller chercher des innovations incrémentales ou de rupture dans leurs champs d’action. 

Vers un programme d'accélération au sein du service public ? 

Même s'il y a eu de grandes réussites dans les startups d'État comme Pix (service pour cultiver ses compétences numériques tout au long de sa vie), je suis persuadée qu’un programme spécifique d’accélération pour ce passage à l'échelle serait intéressant. C’est d’ailleurs un projet à l’étude du côté de beta.gouv.fr à horizon février 2021 (voir leur dernier retour d’expérience).

On pourrait également imaginer un programme d'innovation ouverte qui permettrait d'intégrer et d’accélérer des startups dont les innovations pourraient intéresser l’État, les collectivités territoriales ou encore les hôpitaux. 

A lire aussi