Quel social demain sur nos territoires ?

Le 20 mars 2020

L’Union nationale des centres communaux et intercommunaux d’action sociale (Unccas) organisait jeudi 5 mars une matinée débat de design et de prospective « Quel social demain sur nos territoires ? » pour imaginer ce que sera l'action sociale en 2050. L’occasion de faire le bilan du cycle de travail mené par la Fabrique des CCAS/CIAS intitulé «Le CCAS en 2050».

 

Le recours au design pour imaginer des solutions concrètes, l’implication des acteurs privés dans la solidarité locale, la capacité à ajuster son offre sociale de service en fonction de l’évolution des lois et de l’expression des besoins des habitants… Ces quelques défis identifiés lors de ces ateliers seront précieux pour faire face aux conséquences sociales de la crise sanitaire du Covid-19...

 

Retour sur les débats de cette journée et entretien vidéo croisé avec Benoît Camels, directeur général de l'Uncass, et Valérie Guillaumin, responsable de la Fabrique des CCAS/CIAS.

« C’est l’histoire d’un ratage réussi », explique en ouverture Benoit Calmels, directeur général de l’Unccas. En effet, le bilan des ateliers orchestré par la Fabrique des CCAS/CIAS a été au-delà des espérances. Initialement prévus pour former les adhérents sur le design de service, il s’est avéré que ceux-ci étaient familiers avec la démarche. Les ateliers ont donc évolué pour réfléchir au futur de l’action sociale.

Cinq ateliers de deux jours ont ainsi eu lieu dans différentes villes en France entre mai 2019 et janvier 2020 . En moyenne, une quarantaine de participants, élus et professionnels de l'action sociale locale, sont venus y assister. Ils ont travaillé sur cinq thématiques, imaginé des scénarios pour 2050, et les ont mis en scène en réalisant un journal télévisé. Pour y parvenir, ils étaient encadrés par l’agence de design Vraiment Vraiment et le studio de réalisation Les Beaux Yeux.

Réflexion, solution et formation

Au final, pas de « solutions concrètes », rappelle Valérie Guillaumin, responsable de la Fabrique, mais « des hypothèses à explorer pour le futur, qui ouvrent le débat ». Pour en discuter, les vidéos réalisées lors des ateliers de Paris et de Nancy sont diffusées. Au programme : de l’habitat intergénérationnel, le remboursement des transports pour aller voir un médecin, des commerçant.es qui deviennent « bienveilleurs » pour faire le relais entre personnes en difficultés et CCAS, des formations virtuelles, des monnaies locales distribuées par le CCAS, de l’aide à domicile pour les personnes âgées ou souffrantes (avec livraison de repas par drone), et bien d’autres encore.

Bérangère Lauren Szostak, professeure en sciences de gestion à l’Université de Lorraine, félicite les agents qui sont sortis de leur zone de confort pour ces exercices. Intervenante lors de cette matinée débat, elle travaille depuis 2002 sur la créativité dans les organismes de l’Économie Sociale et Solidaire avec comme sujet de prédilection, le design. « Les problématiques abordées par les agents sont épineuses, pernicieuses et complexes car elles regroupent de nombreux acteurs. Il faut de l’humilité pour accepter d’avoir tort car une nouvelle information vient changer la donne. Les problèmes comme le chômage ou l’exclusion ne sont jamais résolus, il faut toujours se réinventer ». Elle insiste également sur l’importance de former les jeunes à ces nouveaux métiers. Une réflexion importante à avoir pour que la production de connaissance soit utile.

L’avis des participants

Benoit Calmels le précise, en repartant, certains se sont demandé si ces ateliers allaient avoir un réel impact. Un avis à prendre en compte auquel Antoine Boucher, maire adjoint à Montrouge, a sa réponse : « Lorsque l’on me dit qu’une idée n’est pas possible car la loi ne le permet pas je réponds que la loi ne nous interdit pas d’être intelligent. S’il y a une volonté politique forte, nous pouvons arriver à faire des choses ».

La salle se met alors d’accord sur le fait que l’élu doit être l’avocat social du territoire. Il est en capacité d’ajuster des lois contraignantes pour réaliser certains projets.

Sophie Planchais, responsable des relations avec les collectivités au bureau d’étude Le Compas ajoute : « En effet, avec un outil comme l’ABS (Analyse des Besoins Sociaux, NDLR), où nous allons confronter les chiffres et le regard des habitants du territoire, la réalité va être objectivée et le maire peut ainsi mieux défendre son territoire ». Sa collègue, Stéphanie Bigo, directrice d’étude, complète : « Nous cherchons à avoir une approche transversale, nous avons souvent les partenaires de l’emploi (pôle emploi, la mission locale et les structures d’insertions) autour de la table, mais trop rarement les entreprises. C’est un réel enjeu d’impliquer ces acteurs du territoire ».

Main dans la main avec les entreprises

Le rapport entre les acteurs publics et privés a été largement discuté lors de cette matinée. Denis Maugain, directeur du développement durable de Somfy, était présent pour débattre à ce sujet. Même si cette collaboration peut être difficile en raison des objectifs différents des deux acteurs. Pour lui : « Les entreprises sont des puissances qu’il faut utiliser car elles peuvent vraiment agir. De plus, elles ne fonctionnent pas seule mais avec leur territoire, c’est ça le développement durable ».

Un enjeu également appuyé par Joëlle Martinaux, présidente de l'Unccas, lors de son discours de clôture. Elle est revenue sur les différents cap passés pour décloisonner, d’abord au sein des CCAS, puis avec les acteurs publics. « Maintenant c’est au tour des entreprises. Nous devons faire le lien pour passer ce nouveau cap. » Afin d’encourager ces futurs partenariats, la matinée s’est terminée par la signature d’une convention avec Veolia. Ensemble, ils vont travailler et réfléchir sur des sujets de solidarité locale, notamment l’accès aux dispositifs « eau solidaire » pour les personnes fragilisées. 

Pour approfondir et s'inspirer

Les ateliers de travail ont permis de dégager 7 figures de CCAS, susceptibles d’inspirer autant de stratégies, de choix d’orientation et d’axes de développement. Ces 7 figures sont détaillées dans un livrable d'une cinquantaine de pages Fabriquer l'action sociale de demain, manuel d'inspiration pour les élus et professionnels, publié à l'issue de la démarche.

  • Le programmateur de convivialités : Et si demain… La convivialité était le levier majeur pour identifier un plus large public, entrer en contact et construire la confiance nécessaire à l’accompagnement social ?
  • Le développeur de potentialités : Et si demain… accompagner encore davantage les habitants individuellement et/ou collectivement dans le développement de leurs potentialités était la mission phare du CCAS ?
  • Le radar : Et si demain… optimiser les ressources pour mieux identifier les publics et analyser leurs besoins et potentiel sétait la mission principale du CCAS ?
  • Le co-organisateur des lieux à partager : Et si demain... activer et animer des lieux partagés de la ville était la mission première du CCAS pour construire le vivre ensemble de demain ?
  • Le coordinateur des énergies du territoire : Et si demain… les acteurs sociaux du territoire avaient pour coeur de mission de mieux conjuguer les besoins et les offres du territoire ?
  • L’avocat social du territoire : Et si demain… Garantir la haute qualité sociale d’un territoire devenait une nouvelle ligne de bataille à défendre ?
  • Le formateur au vivre ensemble : Et si demain… la mission principale du CCAS était de former les acteurs et les habitants du territoire au vivre ensemble et développer une culture commune de l’action sociale pour construire la solidarité de demain ?
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