Édouard Philippe promet une année 2020 marquée par la décentralisation

Edouard Philippe
Le 24 septembre 2019

À Uzès (Pont du Gard), les élus des petites villes de France (APVF) se retrouvaient pendant deux jours (19 et 20 septembre) pour leur congrès annuel. Invité, le Premier ministre en a profité pour lancer la deuxième partie d'une opération séduction lancée en juin dernier lors de l'annonce d'un nouvel acte de décentralisation.

Il se savait très attendu. Il n'est donc pas venu les mains vides. Édouard Philippe, devant une salle comble, a ouvert les XXIIièmes Assises des Petites Villes de France avec de nombreuses annonces. Une manière de confirmer le revirement entamé par Emmanuel Macron lors de sa conclusion du Grand Débat national. Le chef de l' État avait notamment affirmé qu'il y avait « trop » de fonctionnaires à Bercy mais surtout « pas assez dans les territoires ».

Le Premier Ministre, qui avait décidé de faire l'impasse sur la Conférence des (grandes) Villes le 18 septembre, s'est montré très à l'aise au moment de promettre aux élus assis face à lui que l'acte II du quinquennat serait celui « des territoires et de toutes les communes ». Une promesse opportuniste mais importante à six mois des élections municipales et alors que la « crise des ronds-points » peine à se terminer. Dans un discours de quarante-cinq minutes, Édouard Philippe a donc tenté de rappeler sa proximité avec la fonction de maire. Inversant même par moment le « vous » par le « nous » pour rappeler qu'il a lui même été en poste au Havre pendant six ans et demi.

Des précisions sur le nouvel acte de décentralisation

Pour commencer le Premier Ministre est revenu sur le nouvel acte de décentralisation qui interviendra durant l'année 2020. Pour celui-ci, l’exécutif ne souhaite pas réitérer les erreurs du début du quinquennat.

« Le sommet de l’État ne sait pas tout. » Il y aura donc une consultation des maires afin de permettre aux élus d'être « des acteurs » de ce nouvel acte de décentralisation. Souvent évoquées par les élus locaux, les fortes différences entre les territoires seront prises en compte. Édouard Philippe évoquant même une réforme qui « ne sera pas uniforme » et une proposition qui se fera avec une méthode proche du « cousu-main ».

Le Premier Ministre confirme donc les propos qu'il avait pu tenir le 13 juin dernier lors de l'annonce de ce nouvel acte de décentralisation « L’Etat fixera un cadre, mais dans chaque région, nous ouvrirons la voie à la différenciation, pour définir avec chaque territoire une réponse adaptée, sur mesure, dans le cadre d’un droit clair, mais adaptable. » Et si Emmanuel Macron avait annoncé la volonté d'engager de nouveaux transferts « dans les domaines du logement, des transports, de la transition écologique ». Édouard Philippe a également indiqué que 4000 fonctionnaires allaient migrer de la capitale à la province. Cela comprendra notamment 2800 salariés du ministère de l'Économie et des Finances.

Taxe foncière et compensation

Face à un auditoire issu d'une association plutôt habituée à favoriser la proposition à l'opposition, le Premier Ministre a enchainé sur un sujet très attendu par les maires : la compensation de la taxe d'habitation. Christophe Bouillon, le président de l'APVF, avait lui même interpellé son invité en demandant des précisions. Il a été écouté. Édouard Philippe a confirmé le transfert de la taxe foncière du département aux communes. Il a insisté sur une compensation qu'il souhaite « juste » et en a profité pour évoquer un coup de pouce pour les (très) petites villes. Certaines qui bénéficient d'un excédent inférieur à 10 000€ pourront le conserver. Et si le bloc communal (et ses différentes associations) avait insisté pour une clause de revoyure sur cette réforme de la fiscalité locale, il a été, là aussi, entendu. Celle-ci sera bien présente et pourra être déclenchée dans « trois ans ».

Preuves et nouveaux plans

Pour compléter ses précisions, Édouard Philippe a également pris le temps d'annoncer un plan de revitalisation des centres-bourgs. Sur ce domaine, il a eu toute l'attention des maires des petites villes. Ils sont en effet très concernés par cette problématique qui touche nombre d'entre-eux et qui a très souvent été évoquée dans les débats lors de ces deux jours. Ce plan sera « développé sur le modèle du plan Action Cœur de ville ».

Christophe Bouillon s'est montré « satisfait » par rapport aux différentes interventions du Premier Ministre. « Cela fait plusieurs mois que les territoires se rappellent à l’exécutif. C'est donc une bonne chose que le gouvernement accepte de se tourner vers nous. » Mais il reste vigilant au nom des 400 élus qui avaient fait le déplacement dans le Gard.

« Nous avons eu des déclaration d'amour, nous attendons désormais des preuves. » Nul doute qu'Emmanuel Macron et Edouard Philippe tenteront de les multiplier d'ici les élections municipales de mars 2020.

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