LE CNFPT fait le pari de l'innovation publique collaborative

CNFPT - Université collaborative
©CNFPT
Le 28 novembre 2018

Le CNFPT organisait pendant la semaine de l'innovation publique (du 19 au 25 novembre 2018) des événements à Paris, Pantin, Lyon, Strasbourg, Aix, Amiens, Bourgogne-Franche-Comté, en Guadeloupe et Martinique dédiés à la préparation de la prochaine édition de l'Université européenne de l'innovation publique. L'Université est née à Cluny en Saône-et-Loire en 2016 à l’initiative du président et du directeur général du CNFPT. Cette offre de formation-action des plus atypiques est destinée à accompagner des projets concrets d'innovation publique à travers une nouvelle culture de co-design et de coopération. Pour Cécile Joly, chef de projet au CNFPT, cette démarche est à ce jour « une sorte d'OFNI (Objet de Formation Non Identifié) ».

L'expérience irréversible de la coopération

Au cours du Webinaire du 19 novembre, plusieurs intervenants de Paris, Grenoble, Aix, Rennes, Amiens, ont fait part de leurs retours sur les « défis » de l'édition 2018. Une définition est donnée en préambule : « Un défi est une intention individuelle ou collective de répondre à une situation compliquée pour laquelle aucun solution n'émerge a priori, en proposant une démarche inhabituelle et inclusive des parties prenantes ». Ainsi la démarche de l'Université est la suivante : des territoriaux sont appelés à proposer un défi. En amont de l'Université, ils font équipe avec des facilitateurs volontaires qui les aident à formuler la problématique. Les porteurs de projet peuvent bénéficier de formations au co-design et à la facilitation graphique. L'Université rassemble durant l'été tous les participants sur les différents sites. Son rôle est d'être un « accélérateur des défis territoriaux » et de les transformer en prototypes.

Olivier Ryckewaert, l'un des coordinateurs du MOOC de l'innovation publique, explique à ce sujet « Qu'un mauvais défi » est « quelque chose qui reste dans l'entre soi et dont on connaît l'issue avant de l'avoir réalisé ». Dans ce processus, les porteurs de projets acceptent  que d'autres participants s'emparent de leur projet pour l'amener ailleurs. L'Université s'achève par un temps de réflexion et de retour sur les défis avec des interventions permettant de prendre du recul comme celle de la philosophe Cynthia Fleury. Sarah Aubert, cheffe du service sport à Rennes retient notamment que « le courage et l'humour » sont pour la philosophe des ingrédients fondamentaux de l'innovation.

L'Université Européenne de l'innovation publique s'inspire des méthodes du Design Thinking, de l'intelligence collective. Elle met à disposition au cours de ces journées de nombreux outils collaboratifs et de design encore méconnus par les administrations, tels que les : planches de tendances, visites apprenantes, cartes d'empathie, la réalité virtuelle, les scénarios d'usage et techniques de mise en récit. Les participants découvrent une manière de réfléchir, d'expérimenter, d'oser « faire pour apprendre » et non « apprendre pour ensuite faire », de coopérer enfin. Le CNFPT parle  « d'expérience irréversible de la coopération ». Cécile Joly souligne que cette approche de formation-action permet de façon plus profonde de « retrouver de l'espoir, de redonner du sens aux missions de service public ».

Des défis aux prototypes

Le site de l'Université propose une synthèse et un classement thématique des défis et de leurs prototypes. On peut remarquer la présence d'innovations numériques (« Appli : Signalez un trou », ou le « Collège 3.0 »), d'outils de management collaboratif (ex : « Un parcours d'intégration du nouveau DGS »), des nouveaux services et événements territoriaux (ex : « L’agglo’bus : présentation itinérante des services »), des prototypes visant à l'amélioration de la communication et l'intégration des usagers (ex : « 7 bons conseils pour impliquer les usagers », ou « le médiateur de conflits » ). Carole Dolignon, cheffe de projet Développement des Usages du Numérique et des Innovations Pédagogiques du CNFPT PACA, met en exergue deux prototypes emblématiques de l'édition 2018. Le premier porte sur les enjeux de la « data », avec un outil de sensibilisation à l'exploitation et la vulgarisation de la donnée publique pour des territoires. Le projet vise à illustrer les atouts de l’analyse des données, au travers des études de cas dans le Tourisme la mobilité et les transports notamment. Le second défi porte sur la constitution d'un réseau d'innovateurs publics et privés en Provence Alpes Côte d’Azur animé par la Région Sud, avec des membres tels que des référents de collectivités, de la Poste, l'IRTS, le Lab Pôle emploi. Le but de ce collectif est de mutualiser les moyens et de proposer des temps forts sur l’innovation pour l’essaimer sur le territoire.

Vers un écosystème de territoires apprenants

L'Université Européenne 2018 a connu une forte expansion en 2018, avec 1070 participants dont 240 co-concepteurs, à travers six sites : Paris, Cluny, Rennes, Strasbourg, La Réunion, la Martinique. Elle a donné lieu à 70 défis et autant de prototypes.

En 2019, l'Université Européenne de l'innovation publique s'étendra à 13 sites et amorcera une nouvelle étape de son développement autour de communautés apprenantes régionales et thématiques, d'un écosystème d'innovation collaborative et d'apprentissage. L'objectif est d'essaimer au sein des administrations territoriales mais aussi d’État et européennes. Pour Cécile Joly, l'enjeu 2019 est de comprendre comment « faire système » en développant « des territoires apprenants », bien au-delà des méthodes traditionnelles de la formation, en s'inspirant d'écosystèmes d'intelligence collective comme par exemple Muséomix ou les Réseaux et coopératives d'échange de savoirs.

En conclusion du Webinaire du 19 novembre, Jacques-François Marchandise, délégué général de la Fondation Internet Nouvelle Génération, souligne que « Le processus d'innovation a ceci d'essentiel qu'il permet de remettre au centre de l'action publique les enjeux de fond » et invite à la vigilance en soulignant que « L'innovation permet aussi parfois d'inventer des solutions à des problèmes qui ne se posent pas ».

Avec son Université, le CNFPT est désormais à l'avant-garde des démarches d'innovation publique collaborative. Cette communauté s'ajoute à celle du design des politiques publiques, incarnée notamment par la 27e Région, celle de l'urbanisme culturel soutenue par le POLAU ou encore celle de l'innovation démocratique en pleine expansion. On peut parier que la convergence de ces  « communautés cousines » verra l'émergence d'une nouvelle culture publique territoriale et d’État. Quels seront alors les ingrédients déterminants de cette alchimie culturelle ? De nouvelles méthodes de design et outils coopératifs certainement. Mais sans doute aussi pour reprendre la philosophe Cynthia Fleury, ces vertus sans université et sans âge, que sont le courage et l'humour.