Le défi de la transformation numérique des territoires

Transformation numérique
©Julien Eichinger @ Adobe Stock
Le 8 avril 2021

Le gouvernement prévoit de déployer 88 M€ dans le cadre du plan de relance pour aider les territoires à relever le défi de la transformation numérique. L’État assurera le financement de projets de taille critique, des études ou des formations, en étroit partenariat avec les collectivités. Une adaptation au profil des collectivités, pour éviter de creuser de nouvelles inégalités territoriales… 

Les associations d’élus ont été consultées avant de finaliser les conditions d’octroi de l’enveloppe dédiée à la transformation numérique des collectivités territoriales. Amélie de Montchalin, ministre de la Transformation et de la Fonction publiques, et Jacqueline Gourault, ministre de la Cohésion des territoires, en ont récemment détaillé les modalités. L’objectif est de « soutenir des projets numériques qui ont un impact concret dans la vie des citoyens, pour faciliter leurs démarches administratives locales, pour les faire participer à la vie des territoires, et faciliter l’exercice des missions des agents des collectivités territoriales et des élus au quotidien ». Si toutes les collectivités peuvent y accéder, les projets de taille critique feront l’objet d’une attention plus grande de la part de l’État. En effet, les projets potentiellement éligibles concerneront un bassin de vie d’ « environ 500 000 habitants » ou devront s’appuyer sur le relais départemental.

Transformation numérique des territoires

Encouragement à la mutualisation

Les projets des collectivités petites et moyennes seront évalués par les préfets, chargés d’en juger la pertinence avant un financement. Les aides automatiques, accessibles à toutes les collectivités, ne seront accordées que pour la mise en place de connecteurs France Connect (ou autres API de l’État). Des projets mutualisés, atteignant la taille critique en termes de nombre d’habitants, pourront être conçus via une « plateforme de co-construction de solutions numériques » destinée aux collectivités.

Au soutien des grandes politiques publiques

30 M€ seront consacrés à la « coconstruction des projets ». Les projets déjà ébauchés seront examinés et ceux qui s’inscrivent dans le cadre des grandes politiques publiques feront l’objet d’un examen prioritaire : Cœur de ville, Petites Villes de demain, Agenda rural, quartiers prioritaires.

Le calendrier est désormais connu : recueil des besoins d’ici fin mars, vote des collectivités pour sélectionner les projets en avril. La mise en œuvre effective des projets sera possible dès cet été. Ce calendrier très serré est lié au fait que l’État veut rapidement « booster » les projets de services incubés au sein de l’Agence nationale pour la cohésion des territoires (adresse, prise de RV…).

Trois vagues d’appels à projets d’un montant de 24 M€ seront lancés en 2021 et 2022 pour optimiser la dématérialisation ou pour améliorer l’ergonomie des téléservices déjà en place.

Les projets relevant de la mise aux normes d’accessibilité handicapé, la création de portails citoyens territoriaux ou encore la prise en compte des remarques des usagers seront subventionnées à hauteur de 50 %, toujours dans un département et/ou dans un bassin de vie de 500 000 habitants. Le cycle de vie de la donnée (développement d’API, ouverture des données, archivage…), les coopérations locales d’acteurs publics et privés (insertion, formation, culture…) entrent aussi dans le champ d’un possible financement.

Innovation territoriale

34 M€ seront réservés aux projets portés par les petites et moyennes collectivités désireuses d’accélérer leur transformation numérique. Les subventions obtenues permettront de mener à bien un diagnostic, d’établir une stratégie ou de former les agents. Les critères retenus pour bénéficier d’un financement sont l’ampleur du portage, la valeur de l’équipe projet, l’impact direct ou induit du projet.

Pour finir, 4 M€ seront dédiés à la création de « laboratoires d’innovation territoriale ».

Tirer les leçons de la crise sanitaire

Florence Durand-Tornare, fondatrice et déléguée générale de l’association Villes Internet, insiste sur le fait qu’il « est indispensable de soutenir les collectivités à l’heure où la crise sanitaire met en évidence la fracture numérique dans notre hexagone ». Et de citer l’exemple de la vaccination, qui s’apparente à « une vraie catastrophe », dit-elle. « Si ces financements permettent aux villes d’afficher une meilleure intelligence numérique, ça permettra tout simplement de sortir les gens de l’isolement, voire même de sauver certaines vies. Il est clair à ce jour que le numérique permet le renforcement du lien social. Il faut aller au contact physique des gens pour leur parler de ce qui se passe sur la toile.

4 000 conseillers numériques vont être embauchés pour faire ce travail, directement installés dans les collectivités, notamment dans le rural et les quartiers de la politique de la ville, soit environ 20 000 communes relevant de ces classifications.

Autant dire qu’il y aura du pain sur la planche pour ces nouveaux emplois », assure-t-elle.

Métropole nantaise, l’exemple à suivre

Nantes Métropole est déjà bien en avance sur le sujet. Mais, comme le précise Xavier Crouan, directeur général à l'information et à la relation au citoyen, « la crise sanitaire nous a appris beaucoup de choses en la matière ». Dans un sondage post-premier confinement, « 43 % des habitants métropolitains ont confirmé avoir eu un accès plus important à internet, pour des raisons évidentes, liées au télétravail, au click and collect, etc. En même temps, le constat d’une fracture numérique est apparu très clairement, pas tant en termes d’équipement informatique, mais de connexion, qui a un coût, et de difficulté du rapport à l’écriture, à la maîtrise de l’écosystème internet. Pour des raisons sanitaires, nous avions cessé de diffuser nos informations habituelles sur papier, notre revue, les affichettes, etc. Or, nos antennes CCAS nous ont informées qu’ils craignaient qu’un partie de la population soit sortie des radars. Nous sommes donc revenus aux flyers et autres affichettes et la fréquentation des CCAS est repartie à la hausse », affirme-t-il.

Agent d’accueil, un nouveau métier

Xavier Crouan en est intimement convaincu : « Nous devons informer tout le monde. Nous devons mixer les deux modes de communication ». Sur le site de la métropole, une centaine d’e-services sont proposés aux habitants. L’appli « Nantes dans ma poche » compte 140 000 abonnés sur 600 000 habitants. Un réel appétit numérique qui ne doit pas cacher une autre réalité, celle des personnes qui restent en dehors des radars. Pour ne rater personne, la métropole est en passe de révolutionner le métier d’agents d’accueil. Ces derniers sont désormais formés non seulement pour recevoir les personnes mais aussi les accompagner dans leurs démarches, surtout lorsqu’elles comportent un volet numérique, ce qui est assez généralisé. « Cet accompagnement au changement est absolument nécessaire. Il concerne Nantes mais aussi toutes les communes de la métropole », conclut-il.

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