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Le vieillissement, un enjeu d'avenir

La géographie des plus de 80 ans
La géographie des plus de 80 ans
©Karine Hurel
Le 2 août 2018

En 2050, les personnes de plus 80 ans seront 8 millions en France, touchant tous les territoires, selon des degrés et des niveaux d’adaptation divers. Un défi humain et social majeur et un chantier prospectif à mettre en œuvre.

Dans La ballade de Narayama, Shichiro Fukazawa met en scène le mythe japonais de l’ubasute : une vieille femme, soucieuse de ne pas constituer une charge pour sa famille, demande à son fils de la conduire dans la montagne pour l’y laisser mourir. Considérée au Japon, un des premiers pays à subir un vieillissement accéléré, comme une métaphore de la condition des personnes âgées délaissées, elle interroge sur l’avenir de nos sociétés confrontées à ce phénomène. Lorsque d’ici à 2050 le nombre de personnes de 80 ans et plus sera multiplié en France par deux pour atteindre 8 millions de personnes, serons-nous à même de leur assurer une vie digne ?

Tous les territoires seront touchés par la gérontocroissance mais selon des degrés et avec des niveaux d’adaptation divers. Vieillir dans les espaces périurbains et ruraux où l’accès aux services dépend des mobilités individuelles ne pose pas les mêmes difficultés que dans des villes denses dotées en services de proximité et de santé. Connaître un vieillissement accéléré comme dans certains territoires d’outre-mer, Guadeloupe et Martinique au premier chef, c’est risqué de ne pas être capable d’augmenter son niveau de prise en charge concomitamment aux besoins. Habiter un territoire qui voit sa population âgée augmenter en même temps que sa population jeune fortement diminuer, comme sur nos littoraux, c’est assister à une remise en cause de l’équilibre intergénérationnel qui participe de la cohésion et de la dynamique des territoires.

Il faut que la presse s’empare de cas de maltraitance, de suicides, de taux de mortalité excessif pour cause de canicule ou d’autres drames de la vie quotidienne pour rendre compte publiquement d’un autre aspect du vieillissement : la souffrance liée à l’isolement, à la maladie, à la perte d’autonomie, aux manques de moyens, au deuil de l’ancienne vie. La douleur des familles aussi, désemparées lorsque la nécessité d’accompagner puis de placer un aïeul se fait jour.

Demain, dans les territoires, dans les familles, c’est bien à un enjeu social et humain global que le vieillissement nous convie. Au-delà des coûts, du marché de la silver économie ou de l’ingénierie sociale et sanitaire, ce sont les questions des solidarités intergénérationnelles et du soutien aux aidants, des lieux et de la façon d’habiter, de la place sociale des aînés ou encore du droit à mourir dignement qu’il va falloir réinterroger. Un vaste chantier prospectif à mettre en œuvre.

La carte

Cartoscopie Horizons publics 03
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