LH Forum : les territoires pionniers de la transition écologique

LH FORUM 2020
Alors que près de 9 Français sur 10 sont en faveur d’une économie socialement juste, écologiquement durable et démocratique pour les générations futures, l’Institut de l’Économie Positive a réuni pour ces deux jours un panel d’intervenants reconnus tant en France qu’à l’international pour réfléchir ensemble aux transformations nécessaires à cette évolution. Parmi eux, Edouard Philippe, l'ancien premier ministre et Maire du Havre.
©LH Forum
Le 5 octobre 2020

Le LH Forum, rendez-vous international des villes & territoires positifs organisé par l’Institut de l’Economie Positive via Jacques Attali et Audrey Tcherkoff, s'est déroulé les 24 et 25 septembre 2020 au Volcan du Havre. Horizons Publics était partenaire de cette édition qui a rassemblé 1500 personnes sur deux jours et a eu pour thème principal « Les territoires en première ligne pour réinventer le monde ».

 

De l'ancien premier ministre Edouard Philippe à la maire de Paris Anne Hidalgo en passant par l'aventurier Mike Horn, les invités de la première journée ont débattu autour de la gouvernance et de l’autonomie des territoires, de la relance économique et du cadre de vie positif. La deuxième journée, où de nombreux pionniers des territoires se sont succédé sur l'estrade, était consacrée à l’un des défis les plus urgents : la transition écologique des territoires.

Quand on parle de transition, il est bien souvent question de la notion de récit. Comment rendre la transition audible au grand public afin d'enclencher un cercle vertueux ? Pour sa neuvième édition, le LH Forum souhaitait continuer à s'inscrire dans cette démarche. Son objectif : réunir, sur deux jours, des pionniers afin de leur permettre d'être une source d'inspiration pour tous les participants. C'est le cas par exemple de Bertrand Picard, fondateur de Solar Impulse. L'homme, notamment connu pour avoir réalisé le premier tour du monde sur un avion électrique, a invité la foule à réfléchir aux freins qui les empêchent d'innover. Pour lui, « si vous ne savez pas que c'est impossible, vous oubliez les filtres qui vous font échouer. Il faut abandonner les habitudes et les croyances pour réussir à se réinventer. »

Cette édition a particulièrement mis en valeur les territoires et ceux qui les animent.

Les paroles de Bertrand Picard pouvaient d'ailleurs trouver de nombreux échos chez les décideurs publics. « Il faut arrêter de penser en ligne droite. Nous demander quel est l'inverse de ce que l'on a toujours fait. Certains préfèrent souffrir de leurs problèmes plutôt que de prendre le risque de changer. Il faut avoir envie d'être des pionniers. Ce sont d'eux dont le monde a besoin. »

Et pour cause, ils ne seront pas toujours ceux qui réussissent mais ils auront permis à la société d'avancer.

Parmi les territoires pionniers présents, la ville de Lahti (Finlande) était représentée numériquement par son maire, Pekka Timonen. Celui dont la ville deviendra la capitale verte de l'Europe en 2021 est revenu sur l'importance de la mobilisation citoyenne pour avancer. Sur son territoire, il a fait appel à l'ensemble des acteurs pour monter un projet collectif. Cela a permis de mobiliser très largement et de mettre en mouvement une majorité des habitants. Par exemple, le club de Hockey souhaite devenir le premier club au monde « zéro carbone ». « Cela permet aux habitants, quand ils entendent le capitaine de l'équipe parler d'écologie, de se sentir plus concernés que si c'est le maire qui leur parle. » Et c'est ainsi que, par exemple, la ville de Lahti (120 000 habitants) est devenue un exemple pour le nettoyage de son lac, passé de l'un des plus sales du pays à un lac où l'eau est potable. Un exemple devenu modèle pour le pays qui cherche à dépolluer plus de 1000 points d'eau.

La ville finlandaise de Lahti (120 000 habitants) est également une pionnière dans la mise en place d'un système de récompenses pour les citoyens qui respectent leur quota carbone grâce à une application smartphone.

4 lauréats pour le 1er prix des acteurs positifs territoriaux

Cette année, l’Institut de l’Économie Positive a mis à l’honneur des élus et fonctionnaires territoriaux qui, au quotidien, par leur action locale, oeuvrent pour répondre aux enjeux environnementaux, démocratiques et sociaux sur leur territoire. Quinze personnalités étaient pré-sélectionnées pour leur engagement personnel, les valeurs qu’elles portent, leur sens de l’intérêt général, leur vision de long terme sur l’avenir, l’innovation et inventivité dont elles ont fait preuve, leur gestion de crise et leur impact positif sur leur territoire.

Le jury composé de Michèle Sabban (R20 France), Maud Lelièvre (Eco Maires), Jean-Dominique Siegel (We Demain), Laurence Lemouzy (Institut de la Gouvernance Territoriale) et Audrey Tcherkoff (Directrice exécutive de l'Institut) ont décernés les prix aux personnalités suivantes :

Catégorie social – Stéphane Troussel – Président de la Seine-Saint-Denis
Le département de Seine-Saint-Denis a été l’un des plus touchés de France par la crise du coronavirus, notamment dû à la situation précaire d’une partie de la population. Pour y remédier, Stéphane Troussel a mis en place un internat pour accueillir les enfants contaminés, a ouvert une cuisine centrale pour produit près de 4 500 repas par jours livrés à des associations et centres sociaux, et a lancé un "fonds exceptionnel d’aide au paiement des loyers" pour les locataires durement touchés par la crise sanitaire. Engagé dans l’environnement et l’écologie, il a notamment lancé des projets de végétalisation des crèches ou d’éducation à l’environnement des collégiens, dans le cadre du Plan d’action pour la transition écologique 2017-2021.

• Catégorie économie – Soham El Wardini, Maire de Dakar, Sénégal
Soham El Wardini a initié le projet "Dakar ville propre" depuis décembre 2019 dont l’objectif est de nettoyer, fleurir et embellir la ville, notamment via le désencombrement et le pavage des routes, la propreté de l’espace public et la préservation des espaces verts.
La Maire de Dakar est également engagée dans la formation et l’accompagnement des jeunes et des femmes. La ville a notamment lancé en février un programme de formation et de financement ayant pour thème "l'entrepreneuriat féminin, l'initiation à l’éducation financière et l’économie sociale et solidaire".

• Catégorie environnement - Pekka Timonen – Maire de Lahti Finlande
Alors que la Finlande vise la neutralité carbone d’ici 2035, la ville de Lahti compte bien atteindre cet objectif dix ans plus tôt, en 2025. La transformation énergétique de la ville passe notamment par l’abandon du charbon depuis l’année dernière ou encore la valorisation des déchets grâce à une centrale de bioénergie au sein de laquelle les déchets de la ville sont transformés en électricité. La ville a également lancé un programme d’incitation à la mobilité durable et réduction de l’empreinte carbone de chaque individu à travers l’utilisation de transports plus respectueux de l’environnement. Une application mobile permet de récolter des pièces virtuelles lorsque l’utilisateur opte pour les transports en commun, le vélo ou encore la marche.

• Catégorie Gouvernance – Xavier Bertrand – Président de la région Hauts-de-France
Depuis le début de son mandat en 2016, Xavier Bertrand a mis plusieurs actions en oeuvre autour de l’emploi et des jeunes, comme par exemple le dispositif Proch’Emploi grâce auquel plus de 11 000 personnes ont trouvé un travail. En 2019, il a créé l’Agence Haut de France 2020-2040 pour l’attractivité de la région. Au sein de celle-ci, la participation citoyenne et le dialogue social sont encouragés, notamment grâce à des concertations avec plusieurs réunions publiques, visant en priorité les jeunes.

Les territoires, pilotes du développement durable

Pour continuer à démontrer que les territoires sont en « première ligne pour réinventer le monde », deux autres pionniers étaient invités dans le cadre d'une table ronde sur le développement durable au sein des collectivités publiques : Eric Piolle, le maire de Grenoble, et Jean-François Caron, celui de Loos-en-Gohelle. Ils étaient accompagnés d'Arnaud Leroy, PDG de  l’Agence de la transition écologique (Ademe), et de Stéphanie Kerbarh, députée de Seine-Maritime et rapporteuse du projet de loi relatif au gaspillage et pour l'économie circulaire.

Stéphanie Kerbarh et Arnaud Leroy sont revenus chacun leur tour sur les dispositifs à la disposition des territoires pour faire avancer le développement de projet liés à l'économie circulaire. L'Ademe a par exemple procédé à une vaste refonte de son site internet avec la création d'une plateforme dédiée à la transition afin de rendre plus visibles ses différents appels à projet. « Nous accompagnons beaucoup de programmes expérimentaux avec l'Ademe pour trouver des solutions. C'est de la dentelle. Il n'y aura peut-être pas de solutions qui s'appliqueront sur l'ensemble du territoire. En revanche, il y a souvent des initiatives locales. Elles commencent à trouver leur modèle économique. C'est important car la subvention publique doit permettre de démarrer mais le modèle doit être pérenne. Beaucoup d'expérimentations sont en cours, c'est une bonne chose.

Arnaud Leroy n'a également pas hésité à fortement inciter l'ensemble des acteurs des territoires à venir chercher des financements. Notamment car l'Ademe est en charge de fonds liés à la transition dans le cadre du plan de relance de 100 milliards (dont 30 milliards dédiés à l'écologie) proposé par le gouvernement.

« Au delà de financer, nous sommes un espace de dialogue. Beaucoup de collectivités et d'élus nous connaissent, nous essayons de travailler avec eux à l'émergence de solutions. Il y a des financements, des subventions, des études de préfiguration et nous sommes à la disposition des acteurs économiques. C'est important car l'économie circulaire se fera avec eux ou ne se fera pas. Si on prend le problème des emballages par exemple, nous devons travailler avec eux sur la R&D pour avoir des emballages recyclables. Nous sommes à l'interface entre ces deux mondes. Nous avons beaucoup plus de fonds grâce au dispositif France Relance donc j'en profite pour lancer un appel : si vous avez des idées et que vous êtes dans un collectif qu'il soit citoyen, d'entreprises ou de collectivités publiques, nous sommes à disposition. » 

Stéphanie Kerbarh a, de son côté, insisté sur différents aspects de la loi relative au gaspillage et à l'économie circulaire. Pour elle, le gouvernement souhaite « donner la possibilité aux territoires d'être moteurs et novateurs sur la transition écologique. » La député de Seine-Maritime a souhaité mettre en avant des exemples concrets comme dans le domaine des déchets avec « la création d'un dispositif de médiation entre les collectivités et les opérateurs de déchets. » En cas de désaccords, les collectivités pourront saisir cette commission « gratuitement et de manière confidentielle » pour essayer d'avancer. Députée de la majorité, elle a également martelé ce que Jean Castex répète depuis son arrivée au poste de premier ministre : « Les territoires seront importants dans la deuxième partie du quinquennat et nous voulons donner la possibilité aux territoires d'être moteurs et novateurs sur la transition écologique. ».

Eric Piolle et Jean-François Caron, deux pionniers des territoires

Les deux élus, Eric Piolle et Jean-François Caron sont intervenus pour présenter leur travail sur le terrain. Nul doute que ce sont eux qui correspondent le mieux à l'objectif de Bertrand Picard quand il évoque qu'il faut « changer de manière enthousiasmante ». Après un mandat qui l'a vu par exemple supprimer la publicité dans les rues de Grenoble, Eric Piolle a évoqué l'importance de la mobilisation citoyenne. « Il faut trouver des petits leviers pour augmenter notre capacité à faire ensemble. À l'échelle d'une ville de 160 000 habitants, c'est très important. Nous devons nous réapproprier des éléments centraux de notre vie quotidienne comme la santé, le logement, la mobilité, l'espace public ou la lutte contre les pollutions. ». Eric Piolle a été réélu facilement lors des dernières élections municipales. Il repart donc pour six années avec de nombreuses idées en tête. Surtout qu'il ne sera plus le seul maire écologiste à la tête d'une grande ville comme cela a été le cas entre 2014 et 2020. « Cela va être intéressant. En 2019, nous avons lancé la biennale des villes en transition. Nous avons accueilli 50 territoires issus de 22 pays différents. Nous allons trouver ici en France une nouvelle respiration puisque toutes les tailles de ville sont concernées par le raz de marées des écologistes lors des dernières élections. À Grenoble, nous vivions dans l'une des villes les plus endettées de France avec des impôts très hauts. Nous avons sorti un peu la tête de l'eau et ce nouveau mandat m'intéresse car nous allons voir comment mener le changement dans des villes avec plus de moyens. Cela pourra peut-être aussi nous inspirer notamment pour ce que l'on appelle le changement sous contrainte. »

Jean François Caron est lui maire sur un territoire plus petit et rural. Avec des problématiques différentes mais la même énergie. À l'image de Lahti, il a entraîné sur son territoire une très forte dynamique de participation citoyenne. Notamment avec son système de « 50 / 50 » qui permet à un groupe d'habitants d'avoir un contrat avec la ville. « Cela permet de savoir ce que va faire la collectivité et ce sur quoi s'engagent les habitants. Avec ce dispositif, nous redonnons le droit à l'initiative à nos citoyens. C'est impératif pour enclencher la participation citoyenne. Nous en avons déclenché plus de cinquante à Loos-en-Gohelle. Autant avec des agriculteurs qu'avec des habitants d'un quartier spécifique ou les membres d'un club de marche. »

Il est aussi revenu sur sa démarche de mise à disposition d'un référentiel pour les territoires souhaitant s'engager dans la transition.

« Avec la Fabrique des Transitions, nous avons réuni plus de 250 acteurs des territoires. Nous essayons, sur les territoires pionniers, de regarder les éléments ayant fonctionné pour permettre à d'autres de gagner du temps. Notre logique, c'est de regrouper des acteurs de manière transpartisane. C'est important car la transition nécessite d'impliquer tout le monde », a précisé Jean-François Caron, le maire de Loos-en-Gohelle.

Tous les deux partagent une vision précise sur l'importance de l'échelon locale dans le développement de leur projet comme l'a très bien résumé Jean-François Caron. « C'est extrêmement difficile de changer à l'échelle globale. C'est bloqué. La société est victime de toutes ses inerties. Le territoire est magique de ce point de vue là. C'est une cellule souche qui peut permettre de développer des stratégies différenciées. Sur le territoire, tous les acteurs sont présents. Les habitants, les entreprises, des experts et des élus. Tout le monde peut s'asseoir à la même table et l'échelle est humaine. Il y a besoin de changements individuels mais le collectif doit aussi bouger. »

Une méthodologie particulière : le conseil des jeunes

Particularité du LH Forum, les organisateurs avaient fait un choix innovant. Celui d'insérer dans chaque table ronde des représentants d'un « conseil des jeunes. » Objectif : permettre à la tranche d'âge des 16-20 ans d'être représentée et de poser directement leurs questions aux intervenants. Une bonne expérience pour Juliette Leblond, élève en terminale dans un lycée du Havre. « Nous n'avons jamais vraiment l'occasion de poser nos questions à des spécialistes. Pour les contacter, c'est plutôt compliqué même si parfois j'essaye sur les réseaux sociaux... Je m'intéresse à l'écologie et au réchauffement climatique. En ce moment, c'est difficile d'imaginer un monde meilleur. On a l'impression que nos parents ont détruit les ressources. Il faut trouver des solutions et aller de l'avant. » Elle a représenté le conseil des jeunes durant plusieurs tables rondes avec Arthur Thierry qui partage son avis avant de rajouter, « On nous dit souvent : c'est votre responsabilité et le monde de demain repose sur vos épaules. Ça fait un peu peur. Notre génération est sensibilisée et a besoin de modèles. Greta Thunberg en est un car elle a notre âge. Elle donne envie de participer car si elle en est capable alors moi aussi. » 

L’ensemble des conférences, interviews sont à retrouver sur la page YouTube de l’Institut de l’économie positive.

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