Le génie créatif des communes

Le génie créatif des communes
Le 14 février 2018

En France, la décentralisation n’a jamais fait l’unanimité, ni vraiment convaincu de son efficacité, notamment compte tenu des réticences de l’État à clarifier le transfert de compétences aux multiples échelons locaux, mais aussi des gouffres financiers que se sont parfois révélés être ces structures locales. Par une forme de résistance, de multiples municipalités cherchent malgré tout à résoudre des problèmes spécifiques. Certaines ont choisi de se réapproprier la distribution de l’eau, la question des transports ou encore le traitement des déchets quand d’autres expérimentent des projets alternatifs. Un « municipalisme » complémentaire à l’État qui, reste malgré tout balbutiant selon Mathieu Rivat auteur de Ces maires qui changent tout.

Le niveau municipal vous semble-t-il le plus pertinent pour effectuer des transformations écologiques, sociales et démocratiques ?

Sur les questions énergétiques, l’échelon municipal est souvent plus efficace. Mais il y a un effeuillage territorial assez complexe en France, entre les communes, les communautés de commune, les collectivités territoriales et jusqu’aux départements. Les initiatives de ce type sont plus fréquentes dans les grandes métropoles compte tenu de leurs moyens. Il y a eu des initiatives de grandes villes sur les questions climatiques. Dans ce type de problématique, elles ont plus de légitimité à mettre en œuvre des réformes si elles considèrent que l’État n’est pas suffisamment offensif sur la question. Parfois cela relève de l’interpellation, par exemple Paris et Barcelone ont interpellé Bruxelles sur la question du diesel.

Quels sont les exemples d’initiative en zone rurale ou périurbaine qui ont permis de résoudre des problèmes spécifiques ?

L’exemple de Trémargat dans les Côtes-d’Armor est intéressant. La municipalité a créé une SCI pour accueillir de jeunes agriculteurs et une centaine d’habitants y ont mis de l’argent. Cela permet à de jeunes agriculteurs de mettre en œuvre des projets avec le soutien de la SAFER1, mais également de préempter des terres, et surtout aux jeunes paysans de s’installer et faire vivre le village. Des épiceries de produits bios et locaux ont vu le jour. Il est souvent très difficile pour des jeunes sans racine paysanne de s’installer, cette initiative facilite leur installation par l’accès à des terres à des prix raisonnables. En Alsace, le maire d’Ungersheim a préempté des terres agricoles qui auraient pu devenir des centres commerciaux. Il a installé dessus une activité maraîchère pour les cantines scolaires de la ville mais aussi les particuliers. Cela a permis de développer une filière mais aussi l’autonomie alimentaire de la ville. C’est intéressant parce qu’aujourd’hui, les aliments font en moyenne 1 500 kilomètres pour finir dans notre assiette. C’est une agriculture de proximité qui permet de rééquilibrer les rapports entre ville et campagne.

En France, les collectivités territoriales ont des marges de manœuvre assez faibles mais elles cherchent à en avoir plus ou à s’inscrire comme complémentaires à l’État.

De quelle marge de manœuvre les municipalités disposent-elles pour agir ?

Il y a un mouvement balbutiant qui relève du « municipalisme » et qui consiste à tenter de renforcer le local sur les questions économiques et sociales. Les municipalités essayent de déborder le cadre qui leur est imposé et elles sont devenues un enjeu politique. L’Espagne en est un exemple avec les « mairies du changement », issues du mouvement des places qui a commencé fin 2010 qui sont devenues une force politique en mesure de contre balancer l’État sur certaines questions. Il est malgré tout difficile de faire un parallèle avec la France. Une ville comme Grenoble peut être considérée comme le laboratoire d’une politique ambitieuse de la ville. En France, les collectivités territoriales ont des marges de manœuvre assez faibles mais elles cherchent à en avoir plus ou à s’inscrire comme complémentaires à l’État.

(1)  Les Sociétés d’aménagement foncier et d’établissement rural (Safer) jouent un rôle majeur dans l'aménagement du territoire rural.
Elles ont trois missions :
• dynamiser l'agriculture et les espaces forestiers, favoriser l'installation des jeunes ;
• protéger l’environnement, les paysages et les ressources naturelles ;
• accompagner le développement de l’économie locale.

À lire

Mathieu Rivat Ces maires qui changent tout. Le génie créatif des communes, septembre 2017, Actes Sud, 21,80 €

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