Quelle France, quels progrès, quelles innovations dans 10 ans ?

Conférence EY
Le 24 mai 2018

EY accueillait le 27 avril dernier, dans son auditorium de La Défense, un débat entre Joël de Rosnay et le journaliste Éric de Riedmatten, sur le thème «Quelle France, quels progrès, quelles innovations dans 10 ans ?». Organisé dans le cadre du Printemps de l’Optimisme, ce fut l’occasion d’échanger sur les principaux domaines qui affecteront la vie des citoyens, telles que la santé, les transports, le Big Data et la communication.

Après une brève présentation de Thierry Saussez, créateur du « Printemps de l’Optimisme » et un court discours du président de EY Jean-Pierre Letartre, le scientifique Joël de Rosnay expose les principaux domaines qui modifieront le plus la vie de Français dans les prochaines années. À commencer par le thème de son dernier livre, l’épigénétique, soit la manière de modifier l’expression de nos gènes par notre comportement. « Dans « la symphonie du vivant », je parle de la responsabilité personnelle, humaine sur l’expression de son propre ADN et la responsabilité sociétale sur la modification de l’ADN sociétal ». Il nomme l‘action collective l’épimémétique. Pour illustrer la manière dont ces gènes culturels sont transmis par les médias ou les réseaux sociaux, il donne l’exemple des mèmes, ces phrases courtes faciles à mémoriser comme le fameux #Metoo. « Répandu sur les réseaux sociaux, il a conduit les femmes à libérer la parole sur le harcèlement sexuel, les politiques ont promulgué des lois et donc changé l’ADN sociétal ». Il cite aussi l’exemple de Chirac faisant inscrire dans la Constitution, en 2005, le principe de précaution, en réponse aux protestations contre les émissions de polluants des entreprises mais contre l’avis de l’Académie des Sciences.

L’Intelligence Auxiliaire, moteur des transformations

De l’épigénétique et de l’épimémétique découlent naturellement la possibilité de prévenir les maladies et donc le recours généralisé à la e-santé : le port de montres, ceintures, semelles de chaussures mesurant des informations sur le corps du patient et les envoyant directement au médecin. « Le Big Pharma commence à comprendre que son avenir n’est pas de faire des marges sur les produits remboursés par la sécurité sociale mais d’avoir une rente permanente en passant des contrats avec des patients « augmentés » souhaitant qu’on les maintienne en bonne santé ». Joël de Rosnay mentionne ensuite « l’Intelligence Auxiliaire » qu’il préfère au terme d’ « Intelligence Artificielle », opposant la mécanique, les algorithmes, les ordinateurs à l’intelligence naturelle. « L’IA et le Big Data vont bouleverser notre vie. Ce que l’on met une semaine à corréler, Watson d’IBM ou Alpha Go de Google le font en 5 secondes. Grâce à l’IA  on fera des corrélations entre différents domaines pour améliorer sa vie, trouver de nouveaux produits ou services ». Il cite également les objets connectés et la Blockchain, ce moyen de faire des transactions sans intermédiaires comme d’échanger de l’électricité par la smart grid, d’enseigner à distance (sans salle de classe ni administration) ou encore d’acheter une maison sans notaire.

Des innovations qui vont bouleverser notre vie

À l’issue de cette première présentation, Éric de Riedmatten, journaliste chez Cnews et auteur des « 50 innovations qui vont bouleverser notre vie d’ici 2050 » prend la parole. Il précise que ce n’est pas l’innovation qui change la société mais sa réappropriation par les citoyens dont les besoins évoluent.

Dans son ouvrage de prospective, réalisé à partir de documents existants, et validé par des scientifiques internationaux, il classe les innovations dans sept catégories : santé, transports, énergie, communication, vie quotidienne, écologie, technologie. Parmi celles qui devraient transformer le plus l’espace public, citons en quatre.  

Tout d’abord le détecteur mobile de maladies. Ce test sanguin permettant de faire des diagnostics instantanés, disponible en pharmacie dès 2026, pourrait résorber durablement le déficit des caisses d’assurance sociale.  

Puis l’apparition des tramways libres de câbles et de caténaires se rechargeant en énergie lors des arrêts en station, en 2032 à Bruxelles. Cette technologie de recharge par induction, moins couteuse et plus esthétique, faciliterait l’interconnexion entre les transports, les trams pourront emprunter les tunnels de métro se connectant au réseau électrique et rejoindre les lignes de chemins de fer.

Éric de Riedmatten envisage pour 2037 la généralisation du tri automatisé dans les sous-sols londoniens suivi d’un acheminement par un grand collecteur souterrain jusqu’au centre de prétraitement mécano-biologique de Londres. Résultat : les vieilles décharges ferment, les déchets sont revalorisés de manière systématique, le recyclage contribue à la relance de l’emploi.

Vers une métropole connectée à l’horizon 2040

Enfin, la métropole connectée, l’année 2043 marquant le coup d’envoi de la mise en réseau de tous les systèmes de communication de l’Union européenne. Les villes intelligentes modifient en profondeur la vie des citoyens ; l’interconnexion des données favorise une gestion optimale de l’énergie, des transports publics. L’éclairage public varie en fonction de l’affluence dans les rues, la ville de Barcelone imagine un système de lampadaires fonctionnant grâce à la force motrice sur la chaussée des piétons, les automobilistes découvrent les places disponibles grâce à leur smartphone qui effectue directement le paiement pour le stationnement. Dès qu’un bouchon se forme, les véhicules étant connectés entre eux, le smartphone intégré au véhicule propose des parcours plus fluides. À Paris, on peut même connaître le nombre de places disponibles dans les métros et les bus et sélectionner grâce à son smartphone la rame à la plus faible densité de passagers.

À l’issue de la conférence, interrogé sur les innovations qui impacteront l’administration publique, Joël de Rosnay évoque le concept de « co-régulation citoyenne participative». Selon lui, grâce à l’Intelligence Auxiliaire, les citoyens contribueront à gérer la complexité des grands organismes publics.