Les collectivités locales en mode "riposte créative"

Riposte créative
©Sandrine Barret- Riposte créative
Le 4 juin 2020

Pour faire face à la crise du Covid-19 et accompagner les collectivités dans les nouveaux défis à venir, l'Institut national des études territoriales (Inet) et le labo du CNFPT ont imaginé un nouveau format de communauté apprenante : la "Riposte créative territoriale".

 

Lancé en mars 2020, c'est un nouvel espace d'entraide en vue de regrouper les initiatives, les ressources et les besoins des acteurs publics pour apprendre ensemble de la crise. Cette démarche d’innovation a donné lieu au développement d’un réseau de coopération composé d’élus, de fonctionnaires territoriaux, de citoyens et de partenaires.

 

Certaines formations de l'Inet promeuvent également une innovation qui vient de la base et se transforme en marchant vers une pratique efficiente. Le monde d’après est déjà là et les collectivités territoriales sont en première ligne pour transformer le rapport de l’administration au réel des usagers.

Alors que le monde, placé sous cloche, prudemment du confinement, tout le monde épie les prodromes du monde d’après. A l’Inet (Institut national des études territoriales), qui forme les cadres dirigeants des grandes collectivités territoriales, cette tension vers l’avenir est encore plus vive, même si Franck Périnet, son directeur, opte pour la prudence :

« Quelle sera la fonction publique territoriale de l’après-crise ? Je n’en sais rien. Il serait presque présomptueux d’y répondre. Ce que l’on voit, c’est que le service public est là. Le sens de l’action, nous l’avions. Là, il prend plus de force encore. On peut cependant pressentir que la société va reposer sur de nouveaux paradigmes. Il faudra s’y préparer et se former dans ce sens. La capacité d’action des fonctionnaires territoriaux valide leur compétence », assure Franck Périnet, le directeur de l'Institut national des études territoriales (Inet).

Avant la crise, l’innovation publique imprégnait déjà toutes les formations de l’Inet, notamment à travers le dispositif de Riposte créative. « Il s’agit d’un lieu de rencontres, d’échanges et de partages d’expériences. Nous en aurons besoin pour donner du contenu à la sortie de crise sanitaire qui s’annonce. Nous avons ainsi appris à travailler différemment avec le télétravail. Si cette situation, aux multiples effets, avait été théorisée à distance, sans doute aurait-elle été moins concrète. C’est une des leçons à retenir : quand l’urgence est là, on s’adapte, et plutôt bien ».

« Comment révéler les ressources d’un territoire capacitant ? »

L’idée de cette riposte créative a germé il y a 4 ans dans l’esprit de Cécile Joly, directrice de projet au Cnfpt et responsable du Laboratoire d’apprentissage mission innovation publique. « J’anime un réseau de référents en innovation et une communauté de l’innovation publique territoriale. Nous organisons depuis des universités de l’innovation publique. Plutôt que d’en parler, nous essayons de faire vivre l’innovation. L’année dernière, pour la 4e édition de cette université, près de 2 000 agents étaient venus pour relever 130 défis à travers des démarches innovantes ». Le terreau est là, ensemencé par les effets d’une crise qui ne fera qu’accélérer le processus.

« Les questions que nous nous posons se poseront encore plus. Comment coopérer ensemble pour réinventer le service public local et résoudre les défis sociétaux des crises ? Comment révéler les ressources d’un territoire capacitant ? Les réponses doivent se construire de façon systémique et en rupture au modèle en silo existant, Personne n’a de réponses, mais les questions affluent et au regard de ce que la communauté des agents a vécu, des possibilités de réponses émergent », selon Cécile Joly, directrice de projet au Cnfpt et responsable du Laboratoire d’apprentissage mission innovation publique.

Passage rapide l’abstrait au réel

Certaines collectivités sont plus en avance que d’autres, elles peuvent être d’utiles éclaireuses. « Je pense, par exemple, à la ville de Paris et au fait qu’une direction à la transition écologique et à la résilience soit en place, à la fabrique des Transitions dans les communes de Loos-en-Gohelle, dans le Pas-de-Calais, ou à La Base en Gironde. D’autres sont en avance aussi. Le monde d’après ne sera plus celui d’avant. On le répète mais il faudra le mettre concrètement en œuvre parce que la population aura besoin de trouver des solutions, concrètes. Réchauffement climatique, biodiversité, place de l’arbre dans la ville, fluidification des chaînes de décision, autonomie des acteurs, valorisation de ce qui marche, etc., tout ça relevait avant de l’abstrait. Dans la dureté de la crise que nous vivons, l’avantage est de poser le doigt directement sur la réalité. Dans les crises, on gagne du temps sur la riposte créative ».

Ne pas « gâcher une crise »

Dans l’urgence des défis sans précédent posés par la crise du Covid-19, l’Inet a été interpelé par « les membres Dgs de la communauté pour favoriser l’entraide et trouver des nouveaux modèles d’ingénierie inspiré de ces approches de l’innovation publique, mais en distanciel. Cette riposte créative territoriale, nous lui avons donnée une réalité, en densifiant la communauté apprenante à travers un site collaboratif créé lui aussi dans l’urgence. Dans certains moments, on est dans le brouillard. On cherche des solutions, et si on ne les trouve pas, on plaque des solutions qui ne sont plus adaptées. Nous créons cette démarche pour entraîner tout le monde vers des chemins à coconstruire en intelligence collective pour faire notre cette intention de Bruno Latour, ‘Si on ne profite pas de cette situation incroyable pour changer, ce serait gâcher une crise’ », précise Cécile Joly.

Laisser ceux qui savent faire… faire !

Isabelle Cazanau, conseillère formation à l’Inet, membre du groupe national innovation, est responsable de la formation du parcours de formation intitulé « Se transformer pour transformer ». « Cette formation est l’aboutissement d’un cheminement personnel sur la manière de faire de la formation. La pédagogie mise en œuvre vise à rompre avec les réflexes professionnels de ceux qui suivent cette formation dans l’optique d’engager des approches nouvelles face aux défis qui nous attendent et sur lesquels la société travaille déjà : le climat, la crise sociale, etc. Le tout dans le contexte d’un fonctionnement traditionnel de l’administration lui-même bousculé, sommée d’être plus vertueuse sur un plan financier, confrontée à des citoyens qui autonomisent de plus en plus leur organisation, déçus qu’ils sont par la réponse administrative qui peut être déresponsabilisante ou éloignée de leurs ‘vrais besoins’. Les acteurs du territoire d’une manière générale sont prêts à coconstruire des réponses au profit de l’intérêt général, lorsque l’intention n’est pas détournée par les pouvoirs publics », assure-t-elle.

« L’innovation doit être englobante »

« L’idée de ce parcours partait de ce constat. Il est possible de travailler en formation, d’être sensible à d’autres pratiques, mais on est repris par ses propres réflexes lorsque l’on retourne dans sa propre collectivité. Difficile de rompre avec d’anciennes manières de faire et ce d’autant plus lorsque l’on subit le rythme effréné des réformes institutionnelles instaurées ces dernières années ». Dans ce parcours, l’individu-agent apprend à garder le cap de la bougeotte innovante qui caractérise sa démarche.

« Certains agents sont plus innovateurs que d’autres. On peut leur donner la possibilité d’agir en interne mais les objets objectifs escomptés ne peuvent être atteints que si une majorité d’agents en épouse la philosophie. L’innovation doit être englobante. Mais elle peut être clivante. Ce qui est innovant en Afrique ne peut l’être en Europe et inversement. La question est donc de savoir si l’individu, seul, peut créer autour de lui les conditions d’une montée en puissance collective de l’innovation, qui ne doit pas être perçue comme une manière plus intelligente de faire fonctionner un collectif, mais comme un chemin vers une meilleure adaptation du service public aux défis dont nous parlons », explique Isabelle Cazanau, conseillère formation à l’Inet, membre du groupe national innovation, et responsable de la formation du parcours de formation intitulé « Se transformer pour transformer »

Aller au bout de la transformation

« Cette formation réunit des cadres venus d’horizons très divers. La première promotion a commencé en décembre 2019, avec 13 personnes mobilisées. Le recrutement se fait sur la base de la motivation intrinsèque. Deux coachs interviennent, formés à la Team Académy de Finlande (2), tout au long de 6 séminaires de deux jours. Dans ce contexte particulier, nous avons décidé de suivre de près les stagiaires tout au long de leur formation, pour les accompagner dans l’application concrète de ce qu’ils découvrent », conclut Isabelle Cazanau. A l’Inet de faire en sorte que les ferments de transformation du fonctionnement des collectivités territoriales aboutissent à ce renouvellement tant espéré de la relation de proximité entre l’administration et l’usager…

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